Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/719

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’abstenir de présenter cet incident de la façon dont il le signale que les conséquences en ont été graves et funestes, comme il s’empresse de le rappeler.

Si c’est ainsi que M. Klaczko comprend les devoirs de l’historien, je ne puis qu’en témoigner ma surprise. Il ne s’est pas aperçu sans doute que l’esprit de parti et les sympathies personnelles ont des suggestions que la loyauté désavoue. Je le regrette pour un publiciste qui avait habitué les lecteurs de la Revue des Deux Mondes à des études mieux préparées et plus impartialement écrites. Pour ce qui me regarde, vous conviendrez, monsieur le directeur, que je ne pouvais accréditer par mon silence des assertions aussi dénuées de fondement, et que M. Klaczko m’a contraint à protester malgré mon désir bien sincère d’éviter toute polémique et de garder une abstention dont il m’est pénible-de me départir. Cette lettre d’ailleurs n’a pas d’autre objet, et en vous demandant de vouloir bien l’insérer dans le prochain numéro de la Revue, je vous prie d’agréer l’assurance de mes sentimens distingués.

BENEDETTI.


Nous avons du communiquer la lettre de M. Benedetti à M. Julian Klaczko, qui nous l’a renvoyée avec les observations suivantes :

M. le comte Benedetti confond deux négociations bien différentes dont il a été parlé dans notre travail, ainsi que les deux appréciations bien distinctes aussi dont elles ont été l’objet de notre part. Ce n’est que dans l’affaire concernant le traité sur la Belgique, au mois d’août 1866, que la conduite de M. Benedetti envers son ministre nous a paru peu correcte ; nous n’avons pas porté le même jugement sur son attitude dans les mois de mars et d’avril de la même année en présence du traité secret négocié entre M. de Bismarck et le général Govone ; encore moins lui avons-nous fait le reproche d’avoir été l’inspirateur de ce traité à l’insu de son gouvernement. Nous avons seulement affirmé que ses dépêches d’alors étaient de nature à détourner le gouvernement français de tout essai d’arrangement préalable avec la Prusse en vue des éventualités de la guerre.

M. Benedetti en effet ne cessait de représenter la cour de Berlin comme inaccessible à toute ouverture de ce genre. Encore le 8 juin 1866, à la veille de la guerre il écrivait : « Les appréhensions que la France inspire partout en Allemagne subsistent toujours, et elles se réveilleront unanimes et violentes au moindre indice qui laisserait soupçonner notre intention de nous étendre vers l’est… Le roi, comme le plus humble de ses sujets, ne supporterait pas en ce moment qu’on lui fît entrevoir l’éventualité d’un sacrifice (sur le Rhin). Le prince royal, si profondément pénétré des dangers de la politique dont il est le témoin, déclarait, il n’y a pas longtemps, à un de mes collègues, avec une