Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/725

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circonstance » par une lettre particulière datée du 27 janvier 1870. « Je n’ignore pas, y lisons-nous, tout ce qui s’est dit à cet égard ; mais, par un sentiment que vous apprécierez, je n’en doute pas, je n’ai jamais songé à décliner la part de responsabilité qu’on faisait peser sur moi, et, dans ce but, à redresser les erreurs trop facilement accueillies par un public mal renseigné. » Il établit ensuite qu’il a été alors « un informateur actif, correct, prévoyant, » et il en appelle à sa correspondance déposée aux archives des affaires étrangères. « Je dois ajouter que je n’ai jamais, et dans aucune des missions que j’ai remplies, entretenu d’autres correspondances que celle dont la trace existe au département, ou entre les mains de vos prédécesseurs, et que je n’ai eu, à toutes les époques de ma carrière, d’autres ordres à exécuter que ceux qui m’ont été donnés directement par eux. » (Ma Mission, p. 148-149.) Cela ne suffit pas encore à M. Benedetti, et en publiant cette lettre il l’accompagne (p. 150) d’un commentaire triomphant : « J’ai affirmé un fait constant et indubitable en avançant, dans ma lettre (à M. Daru), que je n’avais eu l’honneur, dans aucune occasion (ces mots sont soulignés par M. Benedetti lui-même), d’entretenir une correspondance directe et confidentielle avec l’empereur. Il a daigné m’accorder sa confiance et me témoigner quelquefois sa satisfaction ; il n’a jamais cessé de me faire transmettre ses ordres par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, avec lequel j’ai exclusivement correspondu. Personne ne supposera, je pense, que j’aurais pu l’affirmer en termes aussi absolus que je l’ai fait en écrivant à M. le comte Daru, mon chef immédiat, si je n’y avais été pleinement autorisé. »

Malheureusement quelques pages plus loin (p. 194), M. Benedetti est forcé de reconnaître que, dans sa négociation au sujet du traité secret sur la Belgique, il a échangé une correspondance qui n’a pas passé par le département des affaires étrangères, et que ne connut point le ministre dirigeant ce département. « Je jugeai convenable, y lisons-nous, d’adresser au ministre d’état, M. Rouher, la lettre dans laquelle je rendais compte de mon entretien avec M. de Bismarck, et qui accompagnait le projet de traité relatif à la Belgique. M. Rouher n’a pas déposé au ministère, n’en ayant jamais pris la direction, la correspondance que j’ai, pendant quelques jours, échangée avec lui. » Il est vrai que, pour pallier cette irrégularité bien grave, M. Benedetti prétend que M. Drouyn de Lhuys avait offert sa démission vers le milieu du mois d’août : « Il n’y avait donc pas à ce moment de ministre des affaires étrangères ; » mais nous lui avons prouvé que M. Drouyn de Lhuys ne perdit son portefeuille que le 1er septembre 1866. Jusqu’à cette date, M. Drouyn de Lhuys n’avait cessé de diriger le département avec le désir d’y rester et d’empêcher l’abandon complet de la politique traditionnelle française ; l’ambassadeur cite lui-même dans son livre plusieurs dépêches échangées avec lui sur des questions graves, encore à la date du 21 et du 25 août