Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/751

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l’automne au cabotage ou à la pêche sur les côtes rentrent en France vers le commencement de l’année pour s’y préparer à leur campagne d’été. Ils ont généralement profité de leur, dernier voyage pour prendre, soit sur les côtes d’Espagne ou de Portugal, soit à Saint-Martin-de-Ré, le sel nécessaire à la préparation ultérieure de la morue. Il leur reste à s’approvisionner au port d’armement de tout ce qui pourra leur être nécessaire par la suite, en matériel et en vivres, l’Islande ne devant leur offrir que des ressources insuffisantes, pour ne pas dire nulles. Le nécessaire pour eux se réduit du reste à l’indispensable dans le sens le plus absolu du mot, et, sans la surveillance de l’administration de la marine, l’indispensable lui-même se trouverait réduit à une expression si simple que la sûreté du navire pourrait en être compromise.

Le recrutement du personnel constitue la partie la plus délicate des préparatifs d’armement. Nos navires de commerce naviguent en général avec des équipages d’une faiblesse numérique véritablement surprenante, même pour les gens du métier. Depuis longtemps, les constructeurs s’appliquent à rechercher des dispositions de mâture et de gréement qui permettent de réduire d’une façon notable la somme de force mécanique à développer pour les manœuvres ordinaires à la mer, et il en résulte qu’aujourd’hui des navires de 200 à 300 tonneaux peuvent prendre la mer sans danger avec des équipages de 5 ou 6 hommes seulement ; mais la raison d’économie, qui pousse habituellement les armateurs à réduire les frais du personnel, ne doit plus entrer en ligne de compte lorsqu’il s’agit des armemens pour l’Islande. Il faut au contraire dans ce cas particulier disposer du plus grand nombre de bras possible, car les bénéfices de la saison seront d’autant plus gros qu’on aura pu mettre à la mer un nombre plus considérable de lignes de pêche. Aussi tel bâtiment qui navigue en temps ordinaire avec 4 ou 5 hommes, tout compris, en comptera 18 ou 20 au moins pour la campagne d’Islande. Le nombre des marins de profession disponibles dans les ports ne pouvant suffire aux exigences de cette augmentation temporaire de personnel, il a fallu s’ingénier pour résoudre cette difficulté.

Dunkerque et les ports qui les premiers s’adonnèrent à la pêche purent d’abord aller compléter ailleurs leurs équipages ; mais, les armemens pour l’Islande s’étant généralisés, l’expédient n’a pas tardé à devenir insuffisant. Cette pénurie de matelots, gênante pour le commerce, n’en est pas moins favorable au développement de notre population maritime, et ne porte pas en réalité à la pêche un préjudice bien sérieux. Les 4 ou 5 hommes indispensables pour la partie purement maritime de la besogne se trouvent d’autant