Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/759

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grosse toile, retenu à la ceinture par une corde et descendant au-dessous du genou, préserve de l’eau les jambes enfermées dans de gros bas de laine et dans des bottes imperméables. Les mains, qu’un contact direct et incessant avec la ligne mouillée pourrait blesser à la longue, sont protégées par des moufles en laine bu en tricot, ordinairement doublées de cuir sur la partie intérieure, de façon à n’être pas trop rapidement mises hors de service par le frottement. Le plus souvent ces vêtemens, revêtus au début de la campagne, font partie intégrante du pêcheur jusqu’à la rentrée du navire en France, car les heures accordées au repos sont trop courtes pour qu’on soit tenté de les abréger, même des quelques minutes nécessaires à une modification quelconque du costume.

Il semblerait au premier abord que les conséquences d’un tel régime dussent produire des résultats désastreux au point de vue de la santé des équipages. Il n’en est rien cependant. En dehors de quelques affections isolées et sans caractère particulier, l’état sanitaire de la flottille est très satisfaisant. Chaque navire doit être pourvu d’un coffre de médicamens auquel est jointe une instruction sommaire sur les premiers soins à donner en cas de maladie, et c’est au capitaine qu’incombe alors l’obligation de se transformer en médecin, à moins qu’il ne se décide à venir déposer son malade dans le fiord le plus voisin.

Telles sont en résumé les conditions matérielles de l’existence de nos marins à bord des bâtimens de pêche. On a pu voir que l’administration de la marine impose aux armateurs et aux capitaines l’observation de certaines prescriptions qui ont pour but de sauvegarder tout à la fois la sécurité des navires, la santé et le bien-être des hommes. Pour que ces mesures ne soient pas éludées, il est nécessaire qu’elles puissent être l’objet d’un contrôle incessant sur les lieux de pêche mêmes, et l’exercice de ce contrôle revient tout naturellement à notre marine militaire.


II

Les navires de guerre français envoyés chaque année en Islande ont pour mission de faire respecter par les capitaines marchands les lois du droit maritime international et les prescriptions de l’autorité locale. Ils doivent veiller à ce que la pêche se fasse en dehors des limites de la mer territoriale dont l’exploitation appartient exclusivement aux Islandais, et s’efforcer de régler à bref délai et sur les lieux mêmes les contraventions qui peuvent se produire, afin d’éviter des réclamations par voie diplomatique. Ils sont également chargés de surveiller à bord des bâtimens de pêche