Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/764

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centre le plus populeux, il n’y a pas un soldat, pas un gendarme, pas un agent de police, et le besoin ne s’en est jamais fait sentir. La simple énonciation de ce fait est certainement le plus bel éloge qui puisse être fait des vertus islandaises. Parmi celles-ci, il en est une que tous les voyageurs ont appréciée de la même façon, et dont je tiens à mon tour à dire quelques mots. Je veux parler de l’hospitalité. Qu’elle ne soit pas tout à fait aussi désintéressée que l’ont prétendu quelques écrivains pour donner plus de relief au côté original et poétique de leurs descriptions, je ne le conteste pas. Cependant, si pauvre que soit le bœr où l’on va frapper, on est toujours sûr d’y trouver un accueil aussi cordial, aussi empressé et en même temps aussi discret qu’on puisse le souhaiter. On n’affligera ni ne blessera ses hôtes en leur offrant au moment du départ une rémunération quelconque ; mais cette offre sera absolument facultative, et, si elle n’est pas faite, personne ne songera à la provoquer. Je dois faire une exception toutefois pour certaines localités, celles par exemple qu’on rencontre sur la route des geysers, fréquentée chaque année pendant la belle saison par de nombreux touristes. Là l’hospitalité est devenue une industrie dont les ministres luthériens paraissent avoir le monopole. Ils offrent aux voyageurs un abri dans leurs églises, transformées en hôtelleries, du poisson, du lait, du café, le tout d’assez mauvaise qualité, et trouvent moyen de rédiger sur ces simples fournitures une note qui fait le plus grand honneur à leur intelligence commerciale.

Il n’y a pas de routes en Islande, et la configuration toute particulière du sol ne permet pas de songer à en établir. Les convulsions volcaniques dont l’île a été le théâtre, et auxquelles elle doit sans doute son origine, ont produit un amoncellement de montagnes dont les profils bizarres s’offrent tout d’abord à l’œil comme une image du chaos. Des glaciers immenses recouvrent les sommets, cratères de volcans, éteints pour la plupart, mais dont l’Islandais a toujours à redouter le terrible réveil. De ces glaciers s’échappent de nombreux torrens qui redescendent le long des pentes, creusant leurs lits au milieu des pierres de laves et de scories volcaniques vomies par les éruptions, et entraînant dans leur cours impétueux une partie des matériaux constitutifs des roches désagrégées par l’action lente et continue de l’eau et du froid.

Dans ce milieu convulsionné, la nature ne perd pas entièrement ses droits ; sa puissance de création s’y manifeste partout où un peu de terre permet à une touffe d’herbe ou de gazon de végéter. Sur la partie inférieure des pentes, à l’endroit où, la déclivité devenant moins accentuée, les dépôts terreux peuvent s’accumuler et s’étendre, se trouvent des prairies ondulées selon les aspérités du