Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/775

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thermomètre s’était maintenu à 12 degrés au-dessus de zéro. Il est à remarquer que les glaces sont par elles-mêmes à peu près sans influence sur la température extérieure, mais que le plus léger souille de vent qui passe sur elles suffît à déterminer immédiatement un froid très intense. On sait qu’il n’y a pas de glaces marines de formation en Islande, et que toutes celles que l’on rencontre sur les côtes proviennent des débâcles partielles du pôle, du Spitzberg et du Groenland. Une série d’observations recueillies par l’université de Reikiavik, et qui remontent au XIIe siècle, établit d’une façon générale que c’est surtout en été que les accumulations de glaces se produisent sur le pourtour de l’île, car c’est alors que, sous les latitudes plus rapprochées du pôle, la chaleur désagrège en partie les banquises, dont les blocs détachés, entraînés par les courans, redescendent jusqu’à Terre-Neuve. Ces blocs peuvent bien stationner momentanément sur la côte d’Islande, mais non pas s’y entasser en grande quantité, car l’île est baignée par le gulf-slream, qui l’entoure d’une ceinture d’eau chaude de 30 milles de largeur et d’une température moyenne de 8 degrés, dans laquelle la glace ne saurait subsister.

Si le gulf-stream cessait de baigner ainsi l’Islande, les glaces s’entasseraient sur la banquise, avec laquelle elles finiraient par faire corps. Elles fermeraient le passage qui existe aujourd’hui entre la banquise et la côte ouest ; dès lors la débâcle glaciale, ne trouvant plus d’issue, serait rejetée sur la côte est, d’où elle se précipiterait sur l’Angleterre, le Danemark, la Norvège et la Suède, modifiant du tout au tout le régime climatérique de ces contrées, qui ne tarderaient pas à devenir inhabitables. Cette terrible perspective n’est heureusement pas à redouter. Le passage entre l’Islande et le Groenland demeure libre, et l’action du gulf-stream, à laquelle l’île doit en partie sa fertilité et la douceur relative de son climat, reste toujours la même. L’assertion que j’émets ici relativement à la douceur du climat de l’Islande sera peut-être taxée d’exagération. Je me bornerai à cet égard à citer des chiffres. Pendant mon séjour en Islande, la température moyenne a été de 12 degrés au-dessus de zéro, et je n’ai vu qu’une seule fois le thermomètre descendre à zéro. A plusieurs reprises, je me suis baigné non-seulement à la mer, mais dans les rivières des fiords, dont les eaux sont très vives, sans en être incommodé le moins du monde. Je pourrais croire que, favorisé par une chance particulière, je suis tombé sur une saison exceptionnelle, si le contraire ne m’avait été affirmé bien des fois par les gens du pays. Quant à l’hiver, il résulte des renseignemens que j’ai pu prendre qu’il est plus long, mais moins rigoureux en Islande qu’en Danemark, que la température moyenne est de 4 ou