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5 degrés au-dessous de zéro, et ne descend à 10 que par exception.

Dyre-Fiord, où nous vînmes jeter l’ancre après notre première excursion dans les glaces, est l’un des fiords les plus importans de la cote ouest. Les navires mouillent en face d’Hogdol, petit hameau que composent une dizaine de bœrs construits au milieu d’une vaste prairie, à une centaine de mètres du bord de mer. De loin, le hameau paraît plus considérable qu’il ne l’est en réalité, car l’œil confond avec les habitations les pyramides coniques de blocs de tourbe noirâtre qui parsèment la prairie. Tous les bœrs, tous les villages d’Islande sont ainsi entourés d’une quantité de tourbe qu’on fait sécher au soleil, à côté même de l’endroit d’où elle a été extraite. C’est le seul combustible que produise le pays, car je ne parle que pour mémoire des bois flottés que le gulf-stream apporte dans certaines baies de l’est, la quantité qu’on en récolte, bien qu’assez considérable, ne pouvant subvenir aux besoins de la consommation générale. Sur la plage se trouvent quelques cabanes à claire-voie qui servent, comme à Reikiavik, de séchoirs pour le poisson. J’y remarquai une quantité de loups marins, dont on fait dans le pays une grande consommation. Une fois séchée, les Islandais mangent, sans aucune espèce de préparation, cette chair rance et coriace. Il n’est pas hors de propos de rappeler à ce sujet que les médecins attribuent au régime alimentaire des indigènes, dont le poisson sec fait presque tous les frais, la fréquence des cas de lèpre et d’éléphantiasis en Islande. Ces épouvantables maladies sont les fléaux du pays. Il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de me trouver en présence de gens atteints de l’une ou de l’autre de ces affections ; mais j’avoue que, dans ces occasions, je me suis surtout efforcé de ne rien voir. C’est à Byre-Fiord que je me rencontrai pour la première fois avec un lépreux. Le mal n’était encore qu’aux jambes, mais il faisait de rapides progrès. Triste détail, les enfans du malheureux ainsi atteint étaient tous très beaux et très bien constitués ; mais il n’y avait pas d’illusion à se faire : tous portaient en eux le germe fatal du mal héréditaire aux étreintes duquel ils n’échapperont pas dans l’avenir.

Onundar-Fiord, où nous vînmes faire notre seconde station, est plus petit, plus étroit et plus resserré que la baie Dyre-Fiord. Nous y arrivâmes par un temps magnifique. La petite plage qui s’étend au pied des montagnes disparaissait sous la neige. Sur les eaux bleues s’ébattaient de nombreuses troupes d’eiders et d’oiseaux de mer qui s’envolaient lourdement à notre approche. Le peu d’étendue du fiord le faisait ressembler à un lac profondément encaissé entre les murailles granitiques au milieu desquelles notre navire paraissait emprisonné. Le côté réaliste de ce tableau poétique était dû à