Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/816

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dépecées. Furieuses, les guêpes cherchent en vain à se défendre ; elles sont impuissantes contre les écitones. Il existe des espèces de ce genre qui sont absolument aveugles, celles-ci ne se montrent pas à la lumière ; habitant des canaux souterrains, elles ne cessent d’ouvrir des galeries afin d’atteindre des nids qu’elles pourront dévaster. Est-il possible de ne pas désirer connaître la vie entière de ces étonnantes fourmis des tropiques comme nous connaissons celle des fourmis d’Europe ?

Après avoir considéré le monde de ces créatures si petites, appelant partout l’attention des hommes ; après avoir vu tant de diversité de mœurs et de caractère chez ces êtres appartenant à la même famille zoologique, l’esprit demeure frappé de la grandeur des actes de l’espèce et de la fragilité des individus. Cette pensée qu’inspire l’humanité est-elle moins juste à l’égard de ces chétifs insectes ? Maintenant que nous avons des notions très positives sur les aptitudes et sur l’intelligence des fourmis, le naturaliste s’aperçoit que la science réclame des études d’un nouveau genre. L’organisation de ces bêtes laborieuses est connue simplement dans les traits généraux [1]. Que de phénomènes seront expliqués, au moins d’une certaine manière, le jour où l’on sera renseigné sur une infinité de détails de l’organisme ! Le sujet est de nature à séduire des investigateurs patiens qui ont de longues années à consacrer à la recherche.

Nous avons rappelé que les fourmilières présentent des analogies avec les sociétés humaines. La comparaison est intéressante ; elle est scientifique, car on y trouve la preuve que non-seulement les phénomènes de la vie animale, mais encore les phénomènes de l’ordre intellectuel ont un caractère de généralité ; s’ils diffèrent prodigieusement, c’est par le degré de perfection. Tout en reconnaissant les fourmis pour des bêtes douées de discernement et d’une sorte de raison, il faut néanmoins se tenir en garde contre des appréciations trop favorables. Les fourmis sont d’habiles architectes qui ne sortent pas d’une spécialité, des nourrices parfaites, des guerrières vaillantes et rusées, elles entendent l’économie domestique, un peu la politique ; cela ne va pas plus loin.


EMILE BLANCHARD.

  1. Un naturaliste de Copenhague M. Meinert, a fait l’étude de l’appareil digestif et de quelques autres organes des fourmis. Bidrag til de danske Myrers naturhistorie, Kjobenhavn 1860.