Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/900

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A cette époque, On admettait donc qu’au-delà de Chiloe il n’y avait pas de côte chilienne. De son côté, le pouvoir exécutif de la république argentine disait, dans Un message du 6 septembre 1872 : « Le gouvernement n’a aucun moyen de savoir par ses propres agens en quels lieux de la côte patagonienne il existe des dépôts de guano ; le dernier établissement qu’ait la république argentine sur l’Atlantique est le Carmen de Patagones, situé sur les bords du Rio-Negro, et une petite colonie d’Anglais du pays de Galles sur le Chubut. La république manquant décadrés et de gardes-côtes, la Patagonie est comme toujours dans le plus grand abandon. » Cette dernière phrase prouverait au moins en faveur de la république argentine une possession in animo, qui suffît juridiquement à établir ses titres à la propriété du territoire possédé. Quant au Chili, il semblait encore admettre en 1849 que son territoire s’arrêtait à l’est à la Cordillère des Andes, pour aboutir à l’extrémité de la presqu’île de Brunswick, dans le détroit de Magellan, sans prétendre à aucune possession au-delà des Andes, ni au sud du détroit. Le seul acte qu’eussent fait les Chiliens dans la voie d’une prise de possession de l’entrée ouest du détroit était la fondation de la colonie de Bulnès en 1843, dans le lieu même où une tentative du même genre avait été faite antérieurement, et auquel on a donné le nom de Port-Famine. Le peu de succès et l’emplacement malheureux de cette colonie amenèrent les Chiliens à chercher une station plus hospitalière pour les navigateurs du détroit ; le point choisi fut, dans la presqu’île de Brunswick, un petit coin de terre fertile qui semble une oasis au milieu des glaces, abrité qu’il est des vents froids ; on y fonda la colonie de Punta-Arenas ou Sandy-Point en 1847. Située à l’orient de la Cordillère, elle empiétait, il est vrai, sur le territoire que la république argentine s’était habituée à considérer comme sien, ce qui donna lieu de sa part à des protestations assez vives pour amener en 1865 la signature d’un traité réservant les droits de la république argentine, mais remettant à d’autres temps la solution de cette question territoriale, et laissant jusque-là les choses dans le statu quo de l’uti possidetis de 1810. A la suite de ce traité, et en raison du peu d’intérêt que l’on avait à peupler Ce territoire, aucune difficulté ne fut soulevée jusqu’en 1868. Depuis cette époque jusqu’en 1871, la république argentine distribua à diverses reprises des terres au-delà du Rio-Negro, et*autorisa l’extraction du guano au sud du Rio-Santa-Cruz. Le Chili crut devoir protester contre ce qu’il considérait comme une violation du statu quo, et fit insérer dans le Times de Londres, en avril 1872, une note où il déclarait qu’exerçant depuis 1843 juridiction sur les îles et côtes du détroit de Magellan et de la Terre de