Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/936

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service de la France l’avait provoqué en duel à propos des injures que le pamphlétaire avait adressées à ses compatriotes ; un autre Ecossais voulut, dit-on, l’assassiner dans son logis de Londres. Enfin un secrétaire du trésor, que le North-Briton avait dénoncé comme l’un des intermédiaires les plus actifs dans les marchés honteux conclus entre le ministère et les membres des communes, provoqua Wilkes de telle façon que celui-ci fut contraint de se battre et reçut une blessure dangereuse. Les vacances de Noël étant arrivées, il était assez rétabli pour aller en France ; il y retomba malade et ne put revenir à Londres à la réouverture de la session. Il envoya donc au speaker un certificat de deux médecins français ; la chambre, toujours docile à l’impulsion ministérielle, ne voulut pas admettre ce certificat parce qu’il y manquait quelques formalités. Le 19 janvier 1764, Wilkes fut par un vote déchu de son siège. Le prétexte était en vérité bien frivole. Ce ne fut pas tout cependant. Traduit devant la cour du banc du roi comme auteur de libelles séditieux et obscènes, il fut condamné par contumace ; puis, comme il ne se présentait pas, on le mit hors la loi. Le parti de la cour triomphait. Expulsé, condamné, ruiné, l’auteur du North-Briton expiait durement la haine que lui avait vouée George III.

Toutefois les affaires publiques n’en allaient pas mieux. D’abord les communes, malgré leur complaisance, ne se résignaient pas à sanctionner les mandats d’amener généraux. La question ayant été soulevée de nouveau, plusieurs membres dévoués au gouvernement, pourvus de charges à la cour, se prononcèrent contre les ministres, qui, par crainte d’un échec, se contentèrent d’un ajournement et le firent encore voter avec beaucoup de peine. Le roi s’en émut à tel point qu’il révoqua le général Conway, l’un des opposans, ne pouvant, écrivait-il à Grenville, confier un commandement dans son armée à quelqu’un qui votait contre lui dans le parlement. L’habitude avait été prise sous les deux premiers Georges de compter pour rien l’opinion ou le désir du roi : les temps étaient bien changés ; la prérogative royale s’affichait hautement même sur un sujet qui touchait aux plus chers privilèges de la nation anglaise, puisqu’il s’agissait au fond de la liberté individuelle et de la liberté de la presse. Ce ne fut pas néanmoins l’irritation populaire ni l’opposition du parlement qui détermina la retraite de lord Grenville. Ce ministre avait la majorité dans les deux chambres, majorité vénale sans doute, mais enfin il l’avait. Suivant lui, au dire de Macaulay, tout pouvoir venait du peuple ; mais le peuple avait délégué tout son pouvoir au parlement. Quelque impopulaire qu’il fût devenu, — il l’était autant que lord Bute, — quelque désagréable