Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/950

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



14 octobre 1875.

C’est vraiment une fatalité qui conspire sans cesse contre la clarté des situations, et, on pourrait l’ajouter, contre le repos de la France, contre les vœux les plus légitimes et les plus évidens du pays.

À voir ce petit tourbillon assez superficiel, mais agaçant d’incidens ministériels, de correspondances et de discours, on dirait que rien n’a été fait depuis huit mois, qu’il n’y a ni une constitution votée, ni un ordre politique définitif, et qu’il s’agit encore de tout remettre en question par des conflits d’interprétations ou même par ces élections plus ou moins prochaines auxquelles tout le monde semble se préparer. La situation est cependant assez simple, elle a son origine, ses limites, son caractère, ses conditions, et le sentiment du pays s’accorde avec ses plus pressans intérêts pour demander aux hommes, aux partis de ne pas mettre un triste zèle à de faire ce qu’ils ont fait, de maintenir par raison l’œuvre créée par nécessité. Ce qui a été établi, c’est la république, une république conforme aux circonstances, évidemment constituée et organisée de façon à replacer la France parmi les nations régulières, en protégeant une grande renaissance contre les dangers extérieurs aussi bien que contre les agitations intérieures. La situation est claire et légalement définie, l’intérêt du pays est, on peut le dire, criant, la politique nécessaire appropriée à cet ensemble de choses serait, si on le voulait, simple, relativement facile, dans tous les cas possible et digne d’être tentée par des esprits sérieux. D’où vient donc cette apparence de confusion ou cette incertitude inquiète qui éclate dans les discours, dans les polémiques et souvent dans les actions ? C’est qu’on ne veut pas s’en tenir à la réalité, c’est qu’au lieu de se rapprocher, de s’unir, on se divise, on se défie mutuellement, et de tous les côtés on se réserve en restant sous les armes. M. le vice-président du conseil poursuit sa chimère de majorité conservatrice reconstituée avec des élémens hostiles, et il a de la peine à se défendre de la réaction