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LE
DERNIER DES VALERIUS

I.

Mon père, digne New-Yorkais, ayant fait fortune dans le commerce, — je le dis avec un certain orgueil, — céda aux conseils du maître de dessin qu’il m’avait donné et m’envoya à Rome. Ma vocation pour la peinture était réelle, et, séduit par les richesses de la ville éternelle, je ne la quittai plus depuis bientôt trente ans. J’y attirai même une de mes cousines, dont l’unique enfant était ma filleule.

Usant des prérogatives que me donnaient mon affection, mon âge et mon titre de parrain, j’avais plus d’une fois déclaré à Marthe que, si elle épousait un étranger, il lui faudrait se passer de mon consentement. Aussi fus-je très étonné lorsqu’un beau jour elle entra dans mon atelier et me présenta le jeune comte Valérie comme son fiancé. Le premier moment de surprise passé, je ne pus m’empêcher de contempler sans une sorte de bienveillance paternelle l’heureux élu. Au point de vue pittoresque (elle avec ses tresses blondes, — lui avec sa chevelure noire), c’était là un couple bien assorti. Elle me l’amena d’un air à moitié orgueilleux, à moitié timide, le poussant du coude et me suppliant avec un de ces gestes de tourterelle effarouchée de me montrer poli. On ne m’a jamais accusé de grossièreté, que je sache ; mais Marthe était si éprise qu’elle trouvait que son futur méritait d’être traité avec les plus grands égards. Certes la noblesse de vieille date du comte Valério n’aurait pas suffi pour séduire une Américaine qui avait l’allure et presque les habitudes d’une princesse ; elle aimait, voilà tout. Son imagination, aussi bien que son cœur, avait été frappée.