Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 8.djvu/79

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car les collines de faible relief qui séparent le bassin de la Dordogne de ceux de la Charente et de la Vienne sont un obstacle facile à franchir. Au midi, la vallée de la Saône et celle du Rhône, qui lui fait suite, aboutissent à Lyon et à Marseille. Le Havre, Nantes et Bordeaux sur le littoral de l’Atlantique, Marseille dans la Méditerranée, puis à l’intérieur Paris, Lyon, les frontières d’Allemagne et de Belgique, telles sont les extrémités et les grandes étapes de notre, navigation intérieure. La batellerie restera paralysée aussi longtemps qu’elle ne pourra, comme les compagnies de chemins de fer, aller de l’un à l’autre de ces foyers commerciaux sans arrêt ni transbordement.

La question ainsi posée, comment sera-t-elle résolue? Elle ne peut l’être que par une étude attentive de chaque fleuve, de ses crues, de sa pente, de son débit d’étiage, afin de savoir quel effet y produiront les divers procédés d’amélioration; puis, lorsqu’il s’agit de passer d’un bassin dans un autre, on doit examiner si le canal destiné à réunir ces deux bassins est susceptible de recevoir dans son bief de partage les grandes quantités d’eau qu’exige l’alimentation des écluses. Tels sont les problèmes techniques à résoudre. Avant tout, il importe d’évaluer les dépenses de travaux projetés, et de se rendre compte si elles ne sont pas supérieures aux intérêts engagés.


I

On a vu déjà que la ligne de Paris au Havre exige encore quelques travaux d’amélioration, afin d’arriver au mouillage de 3 mètres, qui convient à une voie de si grand trafic. Notons seulement que M. Krantz évalue à 23 millions la dépense à faire. De Paris en Belgique, trois chemins différens sont ouverts aux mariniers; tous trois s’embranchent sur l’Oise : l’un, par le canal de Saint-Quentin et l’Escaut, se prolonge jusqu’à Valenciennes et Mons, en desservant par de nombreuses dérivations les villes industrieuses de la Flandre, le second atteint Charleroi par la Sambre, le troisième aboutit à la Meuse près de Mézières. Le canal de Saint-Quentin, dont l’état est aujourd’hui satisfaisant, car il conserve tout le long une profondeur de 2 m,20, avec des écluses de dimension convenable, montre assez bien ce qu’est la fréquentation d’une bonne voie navigable. Le trafic s’y élève à 1,600,000 tonnes par kilomètre. Le canal de la Sambre, moins parfait et possédé par des concessionnaires qui prélèvent de lourds droits de péage, reçoit un trafic plus restreint, ainsi que le canal des Ardennes, dont le mouillage est trop réduit et les écluses trop petites. Ajoutons que les rivières que ces divers canaux réunissent, l’Oise, l’Aisne, l’Escaut, la