Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/197

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escomptes de l’avenir, on recherchera les gages remis entre les mains des prêteurs provisoires et on dressera le bilan, malheureusement trop faible, des biens qui restent, mines, forêts, biens de mainmorte, etc. Il ne sera peut-être pas impossible de trouver, comme à l’établissement du régime constitutionnel, des combinaisons de rente différée, de consolidation d’arrérages impayés, qui feront prendre patience aux créanciers indigènes ou étrangers, aux acheteurs à bon marché de rente intérieure et extérieure ; de nouveaux emprunts trouveront même encore des souscripteurs alléchés par des prix qui ne peuvent en aucun cas être élevés ; mais le plus nécessaire et le plus difficile sera de donner aux produits des impôts la régularité et l’importance indispensables pour assurer l’équilibre du budget, sans lequel tous les appels au crédit, tous les sacrifices seraient vains.


II

Des exemples très récens ont démontré que la guerre et la révolution ne portaient pas toujours à la prospérité individuelle des habitans d’un pays cruellement éprouvé des coups aussi rudes qu’à la fortune de l’état lui-même. Comment ce qui bouleverse les finances publiques, désorganise l’administration, introduit dans les relations des diverses classes de la société un trouble souvent profond, n’arrête-t-il pas l’industrie et ne paralyse-t-il pas le commerce ? Tout au contraire on voit souvent, comme l’Italie, l’Autriche et la France en ont fourni la preuve éclatante, les efforts particuliers non-seulement redoubler à la suite des désastres, mais ces efforts produire un enrichissement réel. La cause de cette anomalie en apparence illogique est tout entière dans les besoins de la consommation. Que la machine gouvernementale s’arrête, que les rouages politiques fonctionnent mal, la consommation ne s’arrête pas ; chacun vit et dépense, et cette consommation journalière est développée à ce point dans nos pays civilisés qu’il est impossible d’imaginer une cessation de quelques jours seulement dans le fonctionnement des professions essentielles à l’existence de chacun. Se figure-t-on ce qui adviendrait, si, par suite d’une anarchie durant une semaine, la fabrication du pain, le commerce des denrées alimentaires, l’échange des objets de première nécessité, se trouvaient suspendus ? Dès le huitième jour, quel brusque et énergique retour à I*ordre, à la paix ! Et comme cette loi impérieuse de la satisfaction des besoins matériels explique bien l’alternance qui nous est trop reprochée de la liberté extrême au despotisme excessif ! Plus une société est démocratisée, c’est-à-dire plus les besoins de