Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/198

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la consommation individuelle sont étendus, plus l’égalité est absolue sous ce rapport entre les citoyens, et plus les reviremens et les soubresauts de l’aisance privée sont inévitables. Un temps d’arrêt momentané donne à chacun une force d’impulsion plus vive, et lorsque la consommation reprend sa marche à peine suspendue, elle le fait avec plus d’énergie, et la production s’accroît elle-même avec une impétuosité extrême.

L’Espagne obéira-t-elle à cette loi, et dans quelle proportion ? La satisfaction des besoins matériels, a-t-elle fait dans ces dernières années des progrès analogues à ceux des pays que nous venons de citer ? Sans entrer dans beaucoup de détails à ce sujet, il est permis de ’citer un fait qui semble concluant.

Le système qui préside à la création des chemins de fer, le plan sur lequel sont établis les réseaux, la multiplicité des voies ferrées et les produits qu’ils donnent témoignent en tout pays du degré de la civilisation, de la prospérité publique et privée. On n’a point fait encore ce que nous appellerions la philosophie des chemins de fer ; dans les statistiques où les dépenses et les revenus sont énumérés, on n’a point comparé les bénéfices indirects et les accroissemens de production et de consommation générales dont ils ont été la source pour les diverses nations. Plus le grand banquet de la vie humaine appelle de convives, plus sont abondans les alimens dont il se compose, et plus est bienfaisant le rôle des instrumens de la distribution de cette abondance. Dans les temps modernes, les chemins de fer peuvent passer pour être ces instrumens actifs par excellence, supérieurs même aux navires à voile et à vapeur. La comparaison, dans les différens pays, des progrès que le commerce et l’industrie ont réalisés par les chemins de fer offrirait donc encore plus d’intérêt que la comparaison de ces chemins sous le rapport du rendement direct qu’ils procurent. Il n’en est pas moins important de savoir si le système de l’établissement des voies ferrées a été conçu avec plus ou moins de sagesse, de science, de prévision politique, et l’exécution entreprise avec plus ou moins d’économie. Sous les divers aspects que présente cette question, nous n’avons pas besoin de dire que l’Espagne ne peut être proposée comme un exemple à suivre. Les chemins de fer qui la sillonnent n’ont pas été l’objet d’études préalables suffisantes, l’exécution des lignes a donné lieu aux plus graves mécomptes, et de plus l’exploitation de ces lignes n’a pas produit dans l’élévation du niveau général de l’aisance les avantages indirects dont l’Angleterre offre le magnifique résultat en dépit de la création si peu ordonnée de toutes les voies ferrées qui s’y croisent en un inextricable réseau. L’Espagne, comme l’Autriche et la Hongrie, comme l’Italie, comme la plupart des états