Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/222

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


donner les traditions, la position sociale et la fortune, ils n’auraient rien de mieux à faire que de rentrer dans la retraite ou de se réfugier dans cette bouderie qui a été quelquefois pour eux une politique. La pire des choses serait encore de se servir pour une agitation nouvelle de prétextes religieux en préparant jusque dans Paris des manifestations qui, en dépassant les limites d’un acte du culte, provoqueraient peut-être des manifestations contraires et pourraient devenir un principe de trouble. Des passions ardentes peuvent tenter de ces aventures, M. l’archevêque de Paris ne peut pas sûrement laisser transformer en rendez-vous d’agitation la cérémonie de la fondation d’une église sur les hauteurs de Montmartre, et il y aurait de la part du gouvernement une singulière imprévoyance à permettre, sous une couleur religieuse, les démonstrations d’un parti qui lui a déjà donné des embarras, qui peut lui en donner encore. Il faut en finir avec tous ces bruits, et contraindre toutes ces manifestations aussi dangereuses que stériles à respecter au moins l’intérêt national.

Comment les légitimistes entendent la situation actuelle, on peut le voir tous les jours par la manière dont ils interprètent la constitution du 25 février. Ils se réduisent volontairement à un rôle de protestation irritée et stérile. Ils ne peuvent plus changer ce qui a été fait, ils s’efforcent de le décrier et de le ruiner, sans s’apercevoir que tout ce qu’ils peuvent dire contre la république ne tourne pas nécessairement au profit de la monarchie de leur choix. Ce sont des agitateurs chagrins qui refusent de reconnaître la puissance des choses, qui en sont toujours à espérer le miracle sauveur devant lequel le régime nouveau s’évanouira. Il serait un peu plus curieux de savoir comment les républicains avancés eux-mêmes comprennent cette œuvre, à laquelle ils se sont associés, qu’ils ont sanctionnée de leur vote parce qu’elle porte l’étiquette de la république, et c’est le leader du radicalisme parlementaire, c’est M. Gambetta qui s’est chargé de le dire en allant expliquer les lois constitutionnelles aux électeurs de Ménilmontant et de Belleville. Il s’est fait le commentateur, le théoricien de l’organisation nouvelle dans une réunion nombreuse d’un quartier de Paris qui ne passe pas précisément pour conservateur.

Assurément M. Gambetta a un langage et des interprétations à lui. Il a des flatteries familières pour son parti, pour ses électeurs, et il ne peut se de faire d’un certain accent de premier rôle du drame. Il a l’éloquence assez prolixe et passablement trouble ; il parle de l’esprit communal qui « constitue les entrailles de la démocratie ; » il fait du futur sénat « le grand conseil » des communes françaises. Des phrases, des déclamations, des banalités retentissantes, de la forfanterie radicale, il y a tout ce qu’on voudra dans ce long discours, qui doit avoir duré au moins trois heures, et qui ressemble à un manifeste. Il n’est pas moins certain qu’à travers tout l’esprit est plus modéré que le langage dans