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de ses travaux. Enfin la situation des confédérés vis-à-vis de l’Europe leur conseillait de saisir l’occasion pour frapper un coup qui eût un grand retentissement au-delà de l’Atlantique. On n’a pas oublié qu’à cette époque le gouvernement français, répudiant toutes les traditions de la politique nationale, accordait ouvertement ses sympathies aux ennemis de l’Union américaine, et que, sous le nom tantôt de reconnaissance, tantôt de médiation, il avait déjà voulu plusieurs fois intervenir en leur faveur. La sagesse du gouvernement anglais, qui refusa de s’associer à ces démarches, avait empêché la France de s’engager dans une aussi funeste politique ; mais les nombreux amis des confédérés ne désespéraient pas d’entraîner l’Angleterre dans cette voie, et de leur assurer ainsi l’appui de ces deux grandes puissances européennes. Ils ne demandaient pour cela à leurs cliens qu’un succès dont on pût habilement tirer parti : une victoire remportée au-delà du Potomac leur aurait permis d’affirmer que le nord, battu sur son propre sol, ne pourrait jamais conquérir les vastes états rebelles à ses lois.

Dès le 3 septembre, Lee tournait donc vers le Potomac ses têtes de colonne. Le pays où il allait porter la guerre, composé de presque tout le Maryland et d’une partie de la Pensylvanie, est compris entre le Potomac au sud et le Susquehannah au nord ; il est borné à l’est par la baie de Chesapeake, qui reçoit les eaux de ces deux fleuves. Il se compose de deux contrées fort distinctes. La partie orientale, légèrement ondulée, fertile et bien cultivée, comprend pour un tiers les comtés méridionaux de la Pensylvanie ; le reste forme le Bas-Maryland, pays riche en esclaves et par conséquent sympathique aux confédérés. La partie occidentale est montagneuse ; les Alléghanies, après s’être abaissés pour laisser passer le Potomac, reprennent leur direction du sud-ouest au nord-est en longues arêtes parallèles. Les vallées qu’ils renferment de ce côté sont le pendant de celle du Shenandoah ; les crêtes et les gorges qu’on y rencontre reproduisent exactement celles du Blue-Ridge. Le Maryland occidental est un triangle qui occupe la partie inférieure de cette région ; il est étroitement lié à la Pensylvanie par ses intérêts et ses mœurs, et les habit ans des montagnes, colons venus des états libres, demeuraient fidèles à l’Union, comme ceux de la Virginie occidentale.

Une marche sur Baltimore devait bien tenter le chef confédéré. Baltimore, la grande ville esclavagiste, n’était maintenue que par la force sous les lois fédérales. Elle avait presque seule fourni tous les volontaires qui prétendaient représenter le Maryland dans l’armée confédérée. Enfin la possession, même momentanée, de Baltimore, en interceptant tous les chemins de fer qui menaient à