Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/250

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Washington, isolait cette ville et pouvait peut-être la faire capituler. Quel immense effet, en-deçà et au-delà de l’Atlantique, si M. Lincoln, son ministère et son congrès s’étaient trouvés bloqués dans leur capitale et séparés du pays qu’ils gouvernaient ! Mais Lee résista à cette tentation. Mac-Clellan, tenant à Washington la corde de l’arc que devaient décrire les confédérés, pouvait les devancer sur n’importe quel point entre le Bas-Potomac et Baltimore. En marchant sur cette ville, Lee lui donnait donc l’occasion de prendre position d’avance et de livrer une bataille défensive. Il préféra s’engager dans la partie montagneuse du pays. En suivant cette direction et en remontant le Potomac, il s’éloignait de l’armée fédérale, sans cesser cependant de menacer les états du nord : s’il renonçait à tenter un coup sur Baltimore, il se rapprochait de la Pensylvanie, de Harrisburg, capitale de cet état, des grands districts miniers qu’il possède et de son principal réseau ferré ; il conservait de faciles communications par la vallée du Shenandoah, il était protégé par les arêtes parallèles des Alléghanies ; il obligeait enfin son adversaire à le suivre et à prendre l’offensive. Attaqué par les fédéraux, s’il parvenait à les battre, il pouvait les ramener jusque sous les murs de Washington, et, l’armée du Potomac une fois isolée des états du nord, ces états étaient livrés sans défense sérieuse à l’invasion.

Jackson, après avoir donné un jour de repos à ses troupes, avait quitté Ox-Hill le 3 septembre. Le 5, il passait le Potomac au gué de Whites-Ford, non loin de Leesburg. Les soldats confédérés, réduits à une véritable misère par la campagne qu’ils venaient de faire, saluaient le sol du Maryland comme une terre promise. En atteignant la rive, leurs musiques jouaient l’air national du pays qu’ils croyaient venir délivrer : Maryland ! o my Maryland ! et tous y répondaient en chœur. Le silencieux Jackson lui-même cédait à l’enthousiasme général. Il voyait réaliser enfin le rêve qu’il avait formé depuis le début de la guerre. Jetant plus loin leurs regards, ses soldats et lui se représentaient les riches campagnes de la Pensylvanie, dont ils se croyaient déjà maîtres. Illusions de peu de durée ! Dès le lendemain, il trouva dans la petite ville de Frederick, au lieu d’une ovation, l’accueil le plus froid. Situé sur le revers oriental du Blue-Ridge, Frederick est à la limite du Bas-Maryland. Non loin de là, le chemin de fer de Baltimore à l’Ohio passe un affluent du Potomac, le Monocacy. Jackson occupa la rive droite de cette rivière avec ses trois divisions, de manière à couvrir la marche de l’armée contre les attaques qui pouvaient venir de Washington ou de Baltimore. Le 8, toute l’armée se trouvait sur la rive gauche du Potomac ; Lee était venu à son tour mettre son