Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/256

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mais ce dernier ne pouvait encore pénétrer les desseins de son adversaire : voulait-il masquer derrière ces défilés une rapide invasion de la Pensylvanie, ou bien, selon le plan que lui prêtait le général Halleck, allait-il au contraire redescendre la rive droite du Potomac pour paraître inopinément sous les murs de Washington ? Quelque improbable que fût la seconde supposition, les dépêches qu’il recevait de son chef hiérarchique lui prescrivaient si formellement de se préparer à cette éventualité, qu’il ne pouvait la négliger dans ses calculs. Pour qui n’était pas informé de l’imprudence commise par Miles en s’enfermant dans Harpers-Ferry, le brusque mouvement de Lee de l’est à l’ouest était inexplicable ; mais en cet instant un heureux hasard vint subitement révéler à Mac-Clellan tous les desseins de son adversaire et lui marquer clairement la conduite à suivre. Arrivant le 13 au matin à Frederick, on lui remit un chiffon de papier ramassé sur le coin d’une table dans la maison qui avait servi de quartier-général au confédéré D. H. Hill. L’en-tête imprimé : Quartier-général de l’armée de la Virginie septentrionale, avait fortuitement attiré l’attention d’un officier qui, en dépliant cette feuille froissée, en avait bien vite reconnu l’importance capitale pour sa cause. Ce n’était en effet rien moins que l’ordre de marche détaillé du grand mouvement qui devait faire tomber Harpers-Ferry, ordre que Lee avait envoyé le 9 au soir à tous ses chefs de corps, et que, par une funeste négligence, Hill avait perdu en quittant Frederick. Mac-Clellan était maître de tous les plans de son adversaire, il avait vu dans son jeu, il le surprenait au moment où, comptant sur l’incertitude dont il se croyait entouré, il divisait son armée et risquait une manœuvre périlleuse pour atteindre un résultat important. L’occasion était belle, mais en même temps le danger était pressant, car il était évident que Miles, dont les fédéraux n’avaient plus de nouvelles, allait se laisser cerner sur la rive droite du Potomac. Il fallait donc d’une part prévenir la prise de Harpers-Ferry, et de l’autre attaquer l’armée confédérée avant qu’elle pût se réunir. Il était tard sans doute, puisque c’est ce jour-là même que Harpers-Ferry devait être attaqué ; mais sa nombreuse garnison était en état de résister assez longtemps, et, pour peu qu’elle retardât ainsi l’exécution du plan de Lee, celui-ci était surpris au milieu de ce mouvement avec une armée divisée. Les troupes fédérales se mirent immédiatement en marche vers Middletown. De là Franklin, appuyant au sud-ouest avec la gauche, devait forcer le passage de Turners-Gap et descendre rapidement Pleasant-Valley sur les pas de Mac-Laws : sa grande supériorité numérique lui permettait d’attaquer vigoureusement ce dernier et de dégager la garnison de Harpers-Ferry, après quoi, sans perdre