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allaient amener la reddition prématurée de Harpers-Ferry, et il avait le droit de se féliciter sans réserve du résultat obtenu, de la victoire incontestable qu’il venait de remporter.

Franklin cependant, avec l’aile gauche de l’armée, avait eu aussi à forcer le passage des montagnes, et, à la même heure où la lutte était ardente autour de Turners-Gap, il avait livré à Cramptons-Gap un combat analogue. Il arrivait à midi au village de Burkettsville, au pied de ce défilé qu’il trouvait occupé par trois brigades de la division Mac-Laws, sous les ordres de Howell Cobb, ancien membre du congrès, bien connu dans les luttes politiques qui avaient précédé la guerre civile. Là aussi c’était par la crête praticable du South-Mountain qu’il fallait enlever le passage, que l’on ne pouvait aborder directement par la route. Les confédérés étaient établis sur cette crête, bien décidés à la défendre jusqu’à la dernière extrémité. Franklin déploya les deux petites divisions qui seules étaient avec lui, Slocum à droite de la route et Smith à gauche. Un mur de pierre, qui s’étendait à la base des montagnes, servit d’abord de point d’appui à la ligne confédérée. Délogé de cet abri, Cobb reforme ses soldats sur la crête, où il est appuyé par son artillerie ; pourtant celle-ci ne peut empêcher les fédéraux d’atteindre le sommet. La brigade Bartlett, de la division Slocum, soutient le principal effort et fait les pertes les plus sensibles. Les fédéraux finissent par s’emparer de toutes les positions ennemies ; maîtres du passage de Cramptons-Gap, que Cobb a naturellement abandonné avec les hauteurs qui le commandent, ils débouchent dans Pleasant-Valley. Descendant rapidement cette vallée, leurs têtes de colonne bivouaquent à la nuit à 5 kilomètres seulement des Maryland-Heights, cette position dominante sur la rive gauche du Potomac que les défenseurs de Harpers-Ferry auraient dû conserver à tout prix et où Franklin avait le droit de s’attendre à leur donner la main. Cet espoir allait être bien cruellement déçu. Le brillant combat de Cramptons-Gap avait coûté aux deux faibles divisions Slocum et Smith 115 tués, 416 blessés et seulement 2 prisonniers. Les pertes des confédérés, qui s’étaient vaillamment défendus, étaient considérables aussi, de plus ils laissaient aux mains de leurs adversaires 400 prisonniers, 1 canon et 3 drapeaux. comme à Turners-Gap, le succès des fédéraux eût sans doute été plus complet, s’il avait été remporté un peu plus tôt. Si, gagnant quelques kilomètres la veille au soir, Smith et Slocum étaient arrivés de bonne heure devant Cramptons-Gap, si Couch, les suivant de plus près, avait par son intervention abrégé le combat, Franklin serait peut-être parvenu, le soir même du 14, en vue de Harpers-Ferry, et sa présence à cet instant aurait bien changé le dénoûment du triste