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drame qui s’y jouait ; mais, nous l’avons déjà dit, l’expression de ce regret, au point de vue du succès de l’armée fédérale, ne saurait sans injustice devenir un reproche contre ses chefs, qui avaient sur les bras la double tâche de faire marcher et de réorganiser leurs bataillons. Les deux combats de Turners-Gap et de Cramptons-Gap, ayant été livrés le même jour et non loin l’un de l’autre, prirent le nom commun de bataille du South-Mountain. Le total des pertes de cette première rencontre sur le sol du Maryland était pour les fédéraux de 2,101 et pour les confédérés d’environ 4,000 hommes.

Pour faire comprendre les péripéties de la partie dont Harpers-Ferry était l’enjeu, il nous faut raconter en détail les mouvemens des confédérés, et pour cela revenir de quelques jours en arrière. Nous avons vu Lee former, le 9 septembre, ses plans pour l’investissement de cette place et ébranler toute son armée le 10 au matin. Tandis que Longstreet, suivi par les bagages, par les parcs de l’armée et par la division Hill, s’acheminait vers Boonesboro, Mac-Laws se dirigeait sur les Maryland-Heights, Walker passait le Potomac de manière à s’emparer des Loudon-Heights, enfin Jackson, faisant un grand détour, traversait le fleuve à Williamsport et le redescendait par la rive droite, pour fermer ainsi le cercle qui allait entourer Harpers-Ferry ; mais ces mouvemens compliqués éprouvèrent un jour de retard malgré l’énergie des officiers chargés de les exécuter, et ce jour pouvait assurer le salut des unionistes. En effet, Jackson avait été obligé de déployer son armée sur la rive droite du Potomac, afin de couper toute retraite à la garnison de Martinsburg, qui sans cela se serait échappée vers l’ouest. Il avait ainsi organisé une sorte de grande battue à travers la basse vallée de Virginie, poussant devant lui tous les détachemens fédéraux, et les obligeant à s’entasser dans l’impasse de Harpers-Ferry ; mais ce ne fut que le 13, à onze heures du matin, qu’il parut devant les pentes de Bolivar-Heights. La veille, Walker s’était établi sur les Loudon-Heights, qu’il avait trouvés inoccupés ; Mac-Laws d’autre part était arrivé le 12 assez tard au pied des Maryland-Heights ; il n’avait pu engager ce soir-là qu’une inutile fusillade avec les fédéraux qui y étaient postés, et avait été obligé de remettre l’attaque au lendemain. Le 13, jour où Mac-Clellan trouvait l’ordre de marche de Lee, les troupes fédérales, resserrées dans Harpers-Ferry, atteignaient le chiffre de 14,000 hommes, dont 2,000 cavaliers, avec soixante-treize canons. A l’approche de Jackson, le général White, qui avait rassemblé à Martinsburg tous les détachemens disséminés dans la vallée du Shenandoah, les avait ramenés à Harpers-Ferry, et s’était mis sous les ordres du colonel Miles, qui commandait ce poste. Avec cette petite armée, Miles