Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/265

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encore une chance de salut, car ils pouvaient prolonger leur résistance au moins pendant une partie de la matinée du lendemain, et au prix de quelques sacrifices ils auraient ainsi assuré leur délivrance. Par malheur un ennemi invincible était dans leurs rangs : le désordre et le découragement ôtaient toute présence d’esprit aux chefs, toute force à cette troupe encore nombreuse ; elle était vaincue avant d’avoir combattu. Durant la soirée, Walker avait réussi à placer ses batteries sur les Loudon-Heights, et, dès que le jour parut, il ouvrit en même temps que Mac-Laws un feu plongeant sur Harpers-Ferry, dont l’amphithéâtre semblait disposé exprès pour leur servir de cible ; Jackson de son côté canonnait les batteries fédérales des Bolivar-Heights. Il n’en fallait pas davantage pour mettre fin à une lutte si mollement soutenue. Le bombardement n’avait pas duré une heure que Miles assemblait déjà ses chefs de corps et annonçait la résolution de capituler. Tous l’approuvèrent. Cependant la situation était si loin d’être désespérée que la veille au soir toute la cavalerie fédérale avait pu sortir tranquillement de la place par la rive gauche du fleuve. Passant entre Mac-Laws et le reste de l’armée confédérée, elle avait gagné la Pensylvanie en enlevant même sur son chemin un convoi du corps de Longstreet. Si les 11,500 hommes qui après son départ étaient encore réunis à Harpers-Ferry avaient suivi la même route, Mac-Laws n’aurait pu leur barrer le passage, et il leur eût suffi de faire quelques pas pour donner la main à Franklin. Celui-ci en effet n’était plus séparé d’eux que par 4 ou 5 kilomètres, et il ne cessait de tirer le canon d’alarme afin de leur annoncer son approche.

L’écho lointain de cette voix amie était étouffé sous les éclats de l’artillerie confédérée, qui redoublait d’ardeur afin de décider la capitulation de Harpers-Ferry avant l’arrivée des secours dont elle connaissait l’approche. Il y eut là une de ces questions d’heures, de minutes même, auxquelles parfois est suspendue l’issue des plus grands événemens. Si Miles eût tenu la parole donnée à Mac-Clellan la 13 au soir, si, comme il le lui avait fait dire par un officier qui traversa les lignes ennemies, il avait tenu jusqu’au 15 au soir, il aurait vu paraître sur les Maryland-Heights les têtes de colonne de Franklin, chassant devant elles la faible troupe de Mac-Laws, et les défenseurs de Harpers-Ferry, se joignant à ce corps d’armée, auraient augmenté son effectif de plus de 10,000 hommes ; mais Miles semblait avoir hâte de consommer lui-même son désastre, et avant huit heures du matin il hissait le drapeau blanc. Heureusement pour lui, il ne survécut pas à cette honte. Les confédérés, ne voyant pas le signal de la reddition, tirèrent encore quelques boulets, et le dernier vint frapper à mort ce malheureux officier.