Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/366

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M. de Festenburg toussa légèrement, signe d'approbation qui suffît à encourager Weinreb. Il prit le vieil Allemand par le bras avec tout le respect possible, et lui dit timidement à l'oreille : — Que penserait sa seigneurie, si je lui proposais d'aller à Baratine faire connaissance avec les machines ?

M. de Festenburg toussa de plus belle. Une demi-heure après, son traîneau s'arrêtait devant la seigneurie de Baratine, où l'on était averti déjà de son airivée.

Valérien accueillit son futur beau-père avec la grâce noble qui lui était naturelle et fit courtoisement les honneurs des merveilles du monde, comme Weinreb appelait ses machines agricoles. M. de Festenburg s'étonnait, soupirait, admirait et enviait. Il fut ébloui par les meubles neufs, par les tableaux, goûta le vieux cognac et le précieux tokay, fuma une pipe d'écume de mer, passa par hasard la main sur le velours fin dont son hôte était vêtu, et fut conquis.

Valérien saisit d'emblée le taureau par les cornes. — Vous avez une fille charmante, monsieur de Festenburg.

Le père aftecta la modestie de rigueur.

— Sans flatterie, Mlle Hélène est extrêmement belle.

— Passable, passable.

— Si elle est aussi spirituelle, aussi aimable...

— C'est une bonne enfant.

— Je ne l'ai aperçue qu'une fois, de loin, peut-être pour mon malheur.

— Pour votre malheur ?…

— Peut-être, répéta Valérien avec émotion, car Je crois,… non, je ne le crois pas seulement, je le sais, je le sens, j'aime votre fille.

— Beaucoup d'honneur que vous nous faites, balbutia en s'incli- nant M. de Festenburg, d'abord stupéfait.

— Oui, j'aime Mlle Hélène, et je vous demande humblement sa main.

— Mais…

— Ne me mettez pas au désespoir, supplia le possesseur de la machine à battre.

— Écoutez, répliqua M. de Festenburg, vidant un nouveau verre de tokay et se léchant les lèvres, je ne vous le cache pas, vous me plaisez, et aucun refus ne viendra de ma part…

— Je suis donc le plus heureux des hommes! s'écria Valérien.

— Il s'était jeté avec élan au cou du vieillard. Celui-ci rayonnait.

— C'est dit, vous avez mon consentement… J'apprécie les choses à un point de vue qui m'est propre ; mais ma fille a le sien aussi, entendez-vous ? Il faut compter avec elle. — Le père se gratta la tête et lorgna le tokay…