Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/381

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Mlle de Festenburg en regardant autour d'elle tandis que son amant l'aidait à descendre.

— Un peu de patience, dit Valérien, et toutes les énigmes seront résolues.

Tandis que le vieux domestique emmenait les chevaux, Valérien offrit le bras à Hélène pour la conduire par un large escalier couvert de tapis, à travers des galeries ornées de fleurs, dans un boudoir meublé avec goût.

— Dites-moi où nous sommes, répéta Hélène, qui se croyait le jouet d'un songe.

Valérien jeta sa pelisse et son bonnet, aida ensuite Mlle de Festenburg à se débarrasser elle-même de ses fourrures, puis l'invita d'un geste à s'asseoir. — Il marchait de long en large, inquiet, tremblant de tous ses membres ; c'était la première fois que don Juan avait peur d'une femme. Le pauvre garçon aimait sincèrement Hélène, et la minute qui allait suivre devait décider de son sort.

— Quel air solennel ! dit Hélène.

— Écoutez-moi ! répliqua-t-il d'une voix vibrante, c'est l'unique grâce que j'implore, écoutez-moi jusqu'à la fin, puis vous prononcerez si je dois vivre ou mourir.

— N'ai-je pas déjà rendu la sentence ? répondit cette charmante fille.

— C'est-à-dire que vous avez suivi un pauvre étranger, que vous voulez partager sa misère, que vous êtes noble et généreuse, une femme telle que je n'en ai jamais rencontré, comme les poètes seuls en savent créer ; mais consentirez-vous, me connaissant, à m'appartenir, à moi ?

— À qui donc suis-je, si ce n'est à vous ?

— À moi,… non pas à l'Italien Scarlatti. Moi aussi, je suis pauvre et pis que cela ;… mais je ne suis pas…

— Vous n'êtes pas ?…

— Mademoiselle, nous sommes dans la seigneurie de Baratine, et je suis Valérien Kochanski, ce don Juan que vous abhorrez.

— Vous êtes Valérien ! — Hélène s'était levée brusquement et se taisait à demi effrayée, à demi surprise, — vous m'avez trompée…

— J'avais entendu parler de votre beauté, de votre esprit, mais aussi de vos goûts romanesques ; ma réputation n'est pas des meilleures, ne devais-je pas craindre de m'exposer à un refus en faisant ouvertement ma demande ? Vous vous rappelez peut-être le jour où un Juif polonais attacha vos patins; j'avais pris ce déguisement pour vous voir. Dès lors je sentis que je ne pouvais être heureux qu'avec vous. Je me présentai dans votre maison comme un exilé, un pauvre maître d'italien, — je voulais être aimé pour moi-