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UN
PRECEPTE DE PYTHAGORE

L'EXAMEN DE CONSCIENCE CHEZ LES ANCIENS

Pythagore et la philosophie pythagoricienne, par M. Chaignet, 2 vol., Paris 1873.


Si la critique contemporaine, par une discussion sévère des textes, et grâce à des méthodes et à des habitudes de précision nouvelles, a fait mieux connaître les doctrines philosophiques de l’antiquité, elle se montre de moins en moins curieuse du détail moral, qui pourtant donne à ces doctrines leur véritable caractère et leur prix. Dans les deux derniers siècles au contraire, c’étaient précisément les maximes, les préceptes qu’on cherchait dans les livres des vieux sages. On leur demandait, non une théorie abstraite et générale, mais, disait-on alors, une nourriture spirituelle. On lisait naïvement Sénèque comme on lisait Nicole. En cela, nos pères, sans être aussi exactement instruits que nous, entraient mieux peut-être dans l’esprit des anciens, dont la philosophie morale prétend surtout servir à la conduite de la vie et remplir le rôle que, dans les temps modernes, s’est réservé la religion. On était tout préparé au XVIIe siècle à lire ainsi les philosophes païens par les habitudes de la méditation pieuse ; même les lecteurs les plus profanes se plaisaient aux belles sentences, ne fût-ce que pour avoir l’occasion de rentrer en eux-mêmes et de se mieux connaître, ce qui était alors le suprême plaisir des délicats.

Aujourd’hui nous sommes loin de ces coutumes, qui nous paraîtraient non-seulement trop graves, mais trop simples. Une certaine ambition d’esprit, mêlée de beaucoup d’indifférence, ne nous laisse de goût que pour les vastes théories où sont résolus les plus grands