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à cela la manie des duels : de corps à corps, on vit sans métaphore à couteaux tirés. Ce sont des querelles de casquettes : on se provoque sans raison, presque sans se connaître, pour le brutal plaisir de se battre. Les champions désignés des corps ennemis arrivent au petit jour au lieu du rendez-vous, et là, tout cuirassés de façon à ne laisser que le visage exposé aux coups, ils dégainent leurs rapières et se taillent dans les joues et le nez de longues estafilades, qu’ils promènent ensuite fièrement dans la ville. Quel philister ou quelle philisterin pourrait contenir son admiration en voyant passer, escorté d’un énorme boule-dogue et coiffé d’une petite toque brodée d’or, un bursche orné de lunettes, emblème de la science, et couvert de balafres, marques de son courage ? Quand, malgré toutes les précautions, un pauvre étudiant est tué en duel, on lui fait des funérailles pompeuses ; tous ses comilitones l’accompagnent jusqu’au cimetière ; les bourgeois sont partout aux fenêtres, et au retour on se console en chantant le traditionnel

Gaudeamus igitur, juvenes dum sumus !

Rien de commun entre ces corps et les nations d’Upsal. Nous sommes ici en présence d’une institution qui, grâce au sérieux et à la gravité du caractère suédois, exerce une action véritablement utile sur les études et sur la vie universitaire. Dans un très beau discours sur ce sujet, M. Svedelius disait, en répétant les paroles d’un vieil évêque de son pays : « Quand les parens envoient leur enfant à l’académie (c’était le nom reçu il n’y a que cinquante ans), c’est comme s’ils le jetaient à la mer. Ils ne savent pas si les bons vents et les vagues paisibles le ramèneront au rivage, ou si les tempêtes l’entraîneront dans l’abîme. » Cet appui dont il a besoin, le jeune étudiant le rencontrera dans la société de ses compatriotes. Il trouvera auprès des anciens de sages conseils. L’esprit de corps le soutiendra, et au besoin le pouvoir disciplinaire donné à ses pairs l’arrêtera. Voilà ce que tout le monde pense en Suède.

Les nations sont à Upsal au nombre de treize. La plupart rappellent les noms des anciennes provinces historiques, qui ont fait place à de nouvelles divisions administratives dans la géographie officielle : ce sont les nations de Uppland, Gestricie et Helsingie, Ostrogothie, Westrogothie, Sudermanie et Nerike, Westmannie et Dalécarlie, Smaaland, Wermland, Norrland, Gothland ; les trois autres portent des noms de villes : Stockholm, Gothembourg, Kalmar. Chaque nation forme une petite république qui organise elle-même les détails de sa constitution, sauf à se conformer à certaines règles établies par la loi. Les statuts de la nation de Gothembourg, que je résumerai brièvement, pourront donner une idée assez exacte de