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de paille, et le riche pensionnaire de Christ Church College, qui assiste à un cours entre deux parties de chasse. — L’université de Copenhague possède aussi quelques collèges : les étudians pauvres y sont logés gratuitement et reçoivent une petite pension mensuelle qui leur permet de vivre : le plus important est le Regentsen, vieil édifice en brique, souvent célébré dans les chansons populaires de la jeunesse danoise. Beaucoup d’Islandais y sont admis.

En Suède, les étudians logent dispersés dans la ville ; mais on retrouve parmi eux des associations formées entre les enfans de la même province, qui portent encore le nom français de nations en souvenir de leur origine parisienne. Cette institution, archaïque à nos yeux, est si profondément entrée dans les mœurs que tout fait supposer qu’elle vivra longtemps encore. Elle repose d’ailleurs sur une idée juste et vraie, sur le patriotisme provincial, sentiment qui se meurt en France, mais qui s’est conservé très vif en Suède, sans préjudice pour l’amour de la grande patrie.

Tout étudiant est tenu de faire partie d’une nation : la loi lui ordonne, après qu’il a été immatriculé au secrétariat de l’université, de se faire inscrire parmi ses compatriotes, ses landsmän. Cette obligation légale marque immédiatement la différence qui sépare les nations suédoises des associations d’étudians en Allemagne. Celles-ci, qu’on appelle des corps, portent quelquefois aussi des noms de provinces, mais elles ne remplissent pas un rôle sérieux et ne poursuivent pas un but élevé : de la bière et des duels, c’est tout ce qu’elles peuvent offrir à leurs membres. Les étudians allemands qui travaillent fréquentent peu les corps et méprisent les casquettes aux couleurs variées qui en sont les drapeaux : ils vont au cours en chapeau, dussent-ils être confondus avec de vulgaires philister ! Les bursche qui composent un même corps tiennent leurs séances dans une salle de brasserie où des pots à bière s’alignent sur les tables, tandis que des trophées d’épées et des râteliers de pipes tapissent la muraille. C’est là qu’on se rassemble le soir pour boire, fumer et chanter. Pour les grandes fêtes, on convoque le ban et l’arrière-ban des anciens membres, qui viennent se joindre aux nouveaux : le kneip dure pendant la nuit tout entière. C’est alors que reparaît le vieux Germain de Tacite, qu’une couche de civilisation dissimule sous l’Allemand moderne. La bière coule à flots, les lourds pots de grès s’entre-choquent, la fumée obscurcit l’air, les toasts se succèdent avec des hoch gutturaux, les chants retentissent, tandis que le président, en grand costume, frappe la table de sa longue flamberge. On songe au paradis d’Odin, à cet enviable séjour du Walhalla, où, pour parler comme Rabelais, « ce n’est que éternité de beuverye et beuverye de éternité ! » Ajoutez