Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/446

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Les nations à Upsal ont aussi des bibliothèques et parfois même des collections scientifiques qui peuvent servir à l’étude. Autrefois les landsmän se réunissaient souvent en conférences pour lire et discuter en commun. Les anciens faisaient subir des examens d’essai aux nouveaux, il y avait entre eux des disputations en latin ou en suédois. Ces usages sont maintenant perdus. Les étudians qui se livrent aux mêmes études forment des sociétés dites scientifiques (Vetenskapliga föreningar) qui ont des bibliothèques et des salles de travail. Upsal compte treize associations de ce genre, et Lund dix. L’une d’elles, — à Upsal, — désignée sous le nom français de Société des langues modernes, a pour but d’exercer ses membres à parler les langues vivantes. Aucune de ces sociétés n’est consacrée à ce qui fait chez nous l’objet de la plupart des réunions de jeunes gens : l’art de bien dire, l’éloquence. Telle est la différence des caractères des deux races : le Français, héritier de ces Gaulois à la parole brillante dont parle César, ne se contente pas d’exprimer sa pensée ; il veut la bien exprimer, il veut parler avec chaleur, entraîner, convaincre. Dans les pays Scandinaves, il n’y a pas d’avocats, sinon auprès d’un très petit nombre de juridictions supérieures. Au parlement, on converse et on discute gravement ; on est souvent verbeux, mais l’éloquence est un don exotique infiniment rare. On essaya, il y a trente ans, d’organiser à Upsal une conférence pour l’improvisation ou au moins pour l’exercice de la parole (for fria föredrag) : elle ne dura que deux ans. J’ai sous les yeux une page où le professeur Svedelius déplore l’abandon où l’art oratoire est tombé dans son pays, et pourtant la langue suédoise, si belle et harmonieuse, serait singulièrement propre à l’éloquence.

Telles sont les ressources offertes aux étudians qui se préparent à subir les examens universitaires, — sujet aride sur lequel on nous pardonnera de ne pas trop insister. On a vu qu’en Suède la bifurcation est établie sur de larges bases dans l’enseignement secondaire. A l’université, il y a une règle inverse : avant de se renfermer dans une spécialité, tous les étudians doivent faire un stage dans la faculté de philosophie pour compléter leur instruction générale. La première épreuve à laquelle ils sont soumis est un thème latin (c’était autrefois une dissertation) destiné à prouver leur connaissance de cette langue ; puis ceux qui doivent étudier plus tard le droit, la médecine ou la théologie subissent, toujours devant la faculté de philosophie, un examen dont les matières sont une préparation générale aux études spéciales qu’ils entreprendront ensuite. Cet examen, purement oral, mais fort sérieux, est appelé selon les cas medico-philosophicum (portant sur la botanique, la zoologie, la chimie, la physique, les mathématiques, le latin), ou juridico-philosophicum (histoire, statistique, philosophie théorique