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fait trembler le saint-empire romain, avec un Danois qui dira qu’au temps de Valdemar le Grand la Baltique était un lac danois, — et vous arriverez bientôt à penser qu’un Scandinave n’acceptera jamais l’union des trois royaumes qu’à la condition que son pays soit le premier dans la confédération. Il y a en outre un précédent peu encourageant : l’union de Calmar, qui fut suivie d’un siècle de guerre civile et de troubles. Jusqu’à présent d’ailleurs, le scandinavisme n’existe qu’à l’état de rêve et seulement dans l’esprit des lettrés. C’est un sentiment savant fondé sur des considérations philologiques et anthropologiques peu accessibles à la foule : c’est affaire aux étudians et aux professeurs, et matière de toasts !


III

Les professeurs suédois, comme ceux des universités allemandes, ne font pas ce qu’à proprement parler nous appelons des cours ; ils évitent d’improviser, ils lisent. Leurs leçons sont appelées föreläsningar, mot dans lequel on reconnaît l’allemand vorlesung, qui signifie lecture à haute voix. Une pareille méthode exclut l’éloquence professorale, si répandue en France depuis que les illustres professeurs de la restauration, les Cousin, les Guizot, les Villemain, les Saint-Marc Girardin, ont mis ce genre à la mode. Notre enseignement y gagne d’être singulièrement plus attrayant ; mais peut-être y perd-il un peu de sa valeur didactique.

Les professeurs suédois lisent quatre fois par semaine, les adjoints deux fois. Quant aux docenter, leur enseignement consiste en des leçons particulières, pour lesquelles un certain nombre d’étudians se groupent et se cotisent. A côté des cours, les étudians trouvent toutes les ressources possibles pour le travail personnel. A Upsal surtout, la bibliothèque est magnifique, et elle est tenue au courant de toutes les publications importantes des pays étrangers ; 150,000 volumes et 7,000 manuscrits sont classés dans les vastes rayons de la Carolina rediviva : c’est là que l’on conserve le célèbre Codex argenteus, traduction de la Bible en vieux gothique par l’évêque Ulphilas, le plus ancien monument de la langue germanique. Derrière la bibliothèque, sur une colline, s’élève, entouré de verdure, un grand laboratoire, vrai temple élevé à la chimie, tout à fait digne de la patrie de Berzelius. La plupart des cours se font au Gustavianum, et plusieurs autres établissemens scientifiques s’ouvrent aux divers exercices universitaires. A Lund, lors de la fondation de l’université, les professeurs enseignèrent pendant plusieurs années dans l’église : vers 1680, on affecta à cette destination un vaste édifice appelé alors du nom de son ancien propriétaire palatium vinstrupianum, aujourd’hui le Lundagaard.