Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/452

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’une ordonnance essaya de limiter à 75 le nombre des maîtres en philosophie qui pourraient être promus en même temps ; mais cette restriction demeura lettre morte, et le maximum fut vite dépassé. C’est sous les règnes de Gustave-Adolphe et de Christine que les savans suédois commencèrent à faire parler d’eux ; en même temps l’université upsalienne, qui avait subi une longue éclipse pendant le XVIe siècle, était réorganisée, et faisait ses premiers pas dans la brillante carrière qu’elle devait parcourir. C’est l’époque où Messenius publiait sa Scandia illustrata, où les frères Petrus et Olaus Magni composaient leurs vastes ouvrages sur l’antique histoire Scandinave. Un peu plus tard, Rudbeck, étendant le champ de ses recherches mythologico-historiques, enfantait sa vaste Atlantica. Tout en protégeant les savans nationaux, les souverains de la Suède attiraient à eux les étrangers illustres. Descartes mourut à Stockholm. Saumaise et Naudé, deux érudits français, furent appelés par la reine Christine. Sous Charles XI, l’Allemand Puffendorf, le rival de Grotius et l’un des fondateurs de la science du droit des gens, occupa une chaire à l’université alors naissante de Lund. Au XVIIIe siècle, une grande intelligence semble avoir concentré en soi tout le génie scientifique de la Suède : Linné, le père de la botanique. En même temps l’influence française s’affermissait de plus en plus. Déjà Stockholm comptait une académie des sciences et une autre qui correspond à notre Académie des inscriptions et belles-lettres ; Gustave III, prince éclairé et ami aussi ardent des choses de France qu’il allait devenir ennemi déclaré de notre révolution, fonda en 1786 une académie suédoise à l’imitation de l’Académie française. Pourtant cette époque, sans doute à cause d’un engouement mal raisonné pour le goût français, n’a pas laissé d’œuvres littéraires durables ; parmi les écrivains contemporains de Gustave III, on ne trouve guère à citer que Bellman, le joyeux chansonnier de Stockholm. Une réaction puissante marqua le commencement de notre siècle : le signal fut donné par un professeur à Upsal, Atterbom. Les phosphoristes, ainsi appelés du nom de leur journal le Phosphorus, allèrent puiser leurs inspirations aux sources alors peu explorées des antiquités Scandinaves. Ils renouvelèrent ainsi leur littérature, jusque-là condamnée à la stérilité ; ils eurent même une influence considérable en répandant parmi le peuple le goût de l’histoire nationale, ce qui est le plus grand aliment du patriotisme. Les grands écrivains d’alors furent Tegner, évêque de Vexiö, longtemps professeur à Lund, Franzen, évêque, lui aussi, à Hornösand en Norrland, et enfin le Finlandais Runeberg, le plus grand poète de langue suédoise, le chantre national de la triste Suomi. Tous aujourd’hui sont morts, à l’exception du dernier, et