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péniblement accumulés, on s’aperçoit combien il en faut rabattre des illusions qu’on nourrissait sur la précision des chiffres et sur la valeur des données obtenues. Que de travail perdu parce qu’on a oublié d’éclairer sa lanterne ! On aura beau prendre des moyennes pendant dix ans, beaucoup d’observations inexactes ne donnent pas une moyenne exacte.

Il est triste de dire qu’il en va de même de la statistique en général. Pour arriver à des conclusions qui intéressent l’hygiène publique, il faut rapprocher les données climatériques des chiffres relatifs au mouvement de la population. Or la comptabilité humaine est presque partout aussi mal tenue que le sont les registres météorologiques, et les documens administratifs forment un chaos disparate où il n’est point aisé de suivre le fil d’une recherche tant soit peu délicate. Chaque fois que de savans hygiénistes ont voulu puiser dans ces documens, ils ont été découragés par les lacunes et les contradictions des chiffres. « Il n’y a, dit M. le docteur Ricoux dans un travail récent sur l’Acclimatement des Français en Algérie, il n’y a aucune unité dans l’établissement des cadres statistiques fournis par l’administration. Tel modèle a été imposé pendant plusieurs années, puis tout d’un coup on en commande la suppression ; on essaie une nouvelle combinaison, le plus souvent sans raison apparente, — car il est une chose qui, plus encore que ces changemens continuels, déroute et complique inutilement les difficultés, c’est le manque de méthode. »

Malgré leur imperfection, les documens qu’on possède déjà méritent d’être compulsés et d’être soumis à une discussion approfondie, ne fût-ce que pour reconnaître par où pèche le procédé suivi jusqu’à présent. Dans tous les pays, de vagues notions sur les rapports mystérieux qui existent entre la santé des habitans et les conditions du sol et de l’atmosphère se sont formées peu à peu et se transmettent comme des articles de foi ; les chiffres même incomplets que fournit la statistique peuvent servir dès à présent à contrôler ces données empiriques, à les confirmer, à les éclairer ou bien à les rectifier. L’histoire d’ailleurs nous renseigne jusqu’à un certain point sur la constitution médicale du climat des diverses contrées par la facilité qu’elles offrent à la colonisation ; la prospérité des animaux domestiques, aussi bien que l’état de santé des habitans, est un indice qui prouve la salubrité d’un pays. Malheureusement l’aspect du tableau change souvent sous l’action modificatrice de l’homme, et il s’ensuit que les données de cette nature n’ont qu’une valeur très relative. Ainsi la vague terreur que nous inspirent les climats chauds est loin d’être justifiée d’une manière générale ; on peut rencontrer sous les tropiques des climats éminemment salubres, et il est important de connaître les conditions de cette apparente anomalie qui semble mettre telle région à l’abri des maladies endémiques.