Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/458

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zouaves rentrant à Mostaganem, en juillet 1868, de leur camp du Merdja, dans la plaine du Riou, et celui des zouaves qui passèrent à Oran en juillet 1870, venant de Magenta (El-Haçaïba) et allant s’embarquer pour la campagne contre la Prusse. La malaria avait imprimé profondément son empreinte sur ces figures amaigries, pâles d’une pâleur jaune-verdâtre, comme celle des malades en proie à une dégénérescence organique avancée, et sur la démarche de ces troupes, qui révélait un grand épuisement de forces, — tandis que chaque fois que j’ai vu des troupes revenant des plateaux d’El-Arricha, derrière Sebdou, ou bien des plaines du Sersou, derrière Tiaret, j’ai été frappé de l’air de vigueur et de l’allure décidée des hommes, dont la figure, hâlée et brûlée même par le soleil, avait un teint basané sans doute, mais révélant une aussi parfaite santé que celui de nos plus robustes paysans de France. »

Des anomalies tout aussi étranges, des inégalités tout aussi tranchées dans la faculté réceptive des localités pour les influences endémiques se remarquent lorsqu’on étudie la répartition du choléra ou celle de la fièvre jaune dans les contrées chaudes. Le concours d’une chaleur tropicale et de pluies abondantes, qui suscite une luxuriante végétation sous les latitudes de l’Amérique centrale, est certainement une condition d’insalubrité par excellence, et l’on connaît la violence des épidémies qui visitent ces pays. Pourtant dans la mer des Antilles on peut citer divers points où, malgré ces conditions climatériques si défavorables, la salubrité est parfaite et incontestable : la Barbade, Saint-Christophe, l’île Monserrat, Névis, et, sous une latitude voisine, les Bermudes. Inversement Tschudi et d’autres voyageurs ont trouvé dans les Andes du Pérou des localités, cachées dans les gorges et au fond d’étroites vallées, qui, malgré une altitude de 3,000 mètres, étaient des foyers de malaria.

Le fait qui nous donne la clé de ces énigmes, c’est que les foyers de miasmes sont presque toujours des bassins encaissés dont la configuration a pour conséquence la stagnation des couches d’air, tandis que les points d’une salubrité exceptionnelle paraissent être ceux qui sont en tout temps balayés par les vents. Un des exemples les plus frappans parmi ceux que M. Pauly invoque à l’appui de sa thèse, c’est l’épidémie cholérique qu’on a vue naître en 1868 dans l’est de la province d’Oran, autour de Mascara, et qui s’est éteinte sur place après avoir frappé une centaine d’Européens et fait quarante-sept victimes. Au commencement de l’automne, plusieurs cas isolés de choléra grave avaient été déjà signalés à l’hôpital de Mascara, lorsqu’une véritable épidémie se déclara au camp de l’Oued-Fergoug, au sein de l’atelier n° 5 des condamnés aux travaux publics, qui était occupé au barrage de l’Habra. Ce camp était établi sur un petit plateau entouré de tous côtés par des montagnes qui lui donnent l’aspect d’un entonnoir. Les rayons