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pour un ambassadeur accrédité près de lui, et le reçut en grande cérémonie ; il espérait faire croire que cette armée française, toujours espérée, arrivait enfin à son secours.

A Londres, la situation était des plus singulières. On n’aimait guère la famille de Hanovre, on ne connaissait plus les Stuarts. On attendait les événemens sans enthousiasme, sans colère, presque sans inquiétude. L’un des hommes marquans de l’époque, Horace Walpole, écrivait dans ce moment-là : « Aucun des deux rois ne vaut la peine de se dévouer pour lui. S’il existait un parti de la constitution, celui-là vaudrait la peine de sacrifier sa vie. » Le roi George était à Hanovre quand l’insurrection éclata. Il revint à Londres en toute hâte. Il affectait une grande sécurité, traitait de folie l’entreprise du prétendant ; mais il n’en faisait pas moins emballer en secret les papiers et les trésors de sa maison.

Charles Stuart avait quitté l’Ecosse ; il touchait le sol de l’Angleterre. Les habitans des campagnes le voyaient venir avec une ardente curiosité ; on se pressait autour de lui pour le voir, sans s’enrôler sous sa bannière. La ville de Carlisle lui fermait ses portes ; cependant l’arrivée d’une seule batterie menaçant les remparts effraya le maire et les habitans, qui capitulèrent. Le prince y fit une entrée triomphale. C’était le duc de Perth qui avait amené la batterie et qui recueillit la gloire de cette affaire, ce qui indisposa de nouveau lord George Murray. On atteignit Manchester, qui ne fit pas de résistance : 200 hommes y furent recrutés et formés en régiment sous le nom de régiment de Manchester ; c’était là un faible renfort, l’armée fondait de jour en jour par la désertion ; les montagnards écossais réclamèrent le retour dans leurs foyers. Le ciel s’assombrissait. Sur les derrières, les villes écossaises se soulevaient, toute la bourgeoisie proclamait son attachement au régime constitutionnel. Edimbourg même rouvrait ses portes aux troupes hanovriennes de la citadelle. Toutes ces funestes nouvelles atteignirent Charles pendant sa marche en avant sur Londres, qu’il voulait atteindre à tout prix.

Ces campagnes en plaine sont toujours l’écueil des bandes de paysans et de montagnards qu’on réussit à enrôler autour d’une cause légitimiste. On marcha sur Derby. La difficulté de trouver des vivres pour l’armée augmentait à mesure qu’on avançait vers le midi. La population, jusque-là indifférente, devenait hostile. La misère, le découragement, allaient en croissant. Un sombre jour d’hiver, lord George Murray, à la tête de plusieurs officiers, vint annoncer au prince que les Écossais étaient au bout de leurs sacrifices, qu’ils avaient atteint le centre de l’Angleterre sans y trouver ni secours ni renforts, qu’il était donc impossible d’avancer et qu’il