Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/502

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jacobites les plus fidèles. Jeune encore, il avait été emprisonné, exilé, gracié, puis emprisonné de nouveau pour la cause de la légitimité. Il était catholique et fort aimé de Charles. L’armée au contraire ne le tolérait qu’avec peine ; plusieurs fois on demanda au prince de lui ôter son commandement et d’éloigner de ses conseils tous les catholiques. Lord George Murray avait fait ses premières armes en 1715 ; il avait l’expérience que donnent les années, et n’avait pas perdu le courage et l’audace ; mais il ne savait ni faire manœuvrer ses troupes, ni dresser habilement un plan de campagne. Murray d’ailleurs était douloureusement frappé de l’ignorance du prince en ce qui concernait la constitution et les lois de son pays. Il s’en plaignait amèrement à Sheridan, qui se sentit blessé, devint son ennemi et indisposa Charles contre lui.

Un des conseils donnés au prétendant avait été de convoquer à Edimbourg un parlement écossais, de lui exposer la situation en demandant de l’argent et des hommes. Des difficultés matérielles firent abandonner ce projet. A mesure que les combattans quittaient leurs foyers, que l’armée des insurgés s’éloignait, l’autorité régulière reprenait le dessus, et ce parlement improvisé n’aurait rien représenté, n’aurait procuré ni hommes ni argent. On demandait au prince une déclaration publique en faveur de la réforme et contre le catholicisme. Il hésita, donna des réponses évasives, et se contenta de lancer deux proclamations, le 9 et le 10 octobre 1745. La première défendait à tout citoyen anglais ou écossais de siéger au « soi-disant parlement appelé par l’électeur de Hanovre à Westminster. » La seconde, longue et diffuse, révoquait l’acte d’union entre l’Ecosse et l’Angleterre, protestait contre l’usurpation de l’électeur de Hanovre, acceptait les dettes contractées pendant le règne des usurpateurs, tout en les nommant illégales et onéreuses. Le prétendant finissait par se défendre contre toute ingérence de la France ou de l’Espagne en son entreprise. « Tandis que l’armée entière de l’usurpateur est composée d’étrangers, de Hollandais, de Danois, de Hessois, de Suisses, lui, Charles, ne mène avec lui que les loyaux sujets de son père. »

Il fallait opter entre les deux partis, marcher en avant, ou se contenter de conserver les positions acquises. Le second avis était celui du duc de Perth. Lord George Murray prétendait que la rapidité pouvait seule amener les succès des mouvemens. Il l’emporta. L’armée écossaise, forte de 6,000 hommes, s’avança, rencontra l’ennemi près de Preston ou Gladsmuir, et le culbuta. Dans ce moment, quelques navires français apportèrent des armes, mais sans amener de troupes auxiliaires. Un sieur de Boyer, fils d’un procureur au parlement d’Aix, se faisant appeler marquis d’Éguilles, vint présenter une lettre de félicitations de Louis XV. Le prince le fit passer