Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/584

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pins, de sapins et de cèdres, sur une route étroite où à peine il y a place pour notre petit véhicule. Les écureuils, grimpant dans les arbres ou s’élançant gracieusement d’une branche à l’autre, çà et là quelque poule sauvage qui s’envole tout effarée à notre approche, sont à peu près les seuls habitans de ces bois. Les longs serpens, dont la morsure n’est pas venimeuse, restent cachés sous l’herbe, et les moustiques, les mouches noires et les mouches de feu, avec lesquelles je devais bientôt faire connaissance, nous laissent tranquilles. Les mouches de feu, presque microscopiques, se glissent sous la peau et vous saignent littéralement. Le cou, les mains se couvrent d’enflures, et la morsure de ces insectes invisibles laisse des traces qui durent longtemps. On n’a d’autre moyen d’éloigner ces voisins incommodes que d’allumer un grand feu, ou, comme les Indiens, de s’oindre la peau de pétrole. Le civilisé est rebelle à ce remède répugnant ; le bûcheron canadien, travaillant sur place, recourt volontiers au premier.

Aux bois résineux que nous rencontrons tout le long de la route se mêlent quelques bois d’essence dure, tels que des chênes, et des bois plus tendres, des peupliers, des cerisiers sauvages. De hautes fougères cachent le soi. En hiver, celui-ci disparaît sous un épais manteau de neige. On ne peut plus parcourir ces routes qu’en traîneau. Le froid alors est très vif, et il peut arriver, comme cela a eu lieu pour la saison dernière, que le thermomètre descende jusqu’au-delà du point de congélation du mercure, c’est-à-dire à 40 degrés au-dessous de zéro. On n’est cependant qu’à la latitude du nord de la France. La science n’a pas encore trouvé de raison valable pour expliquer ces froids excessifs de l’hiver et cette différence de climat avec ceux des mêmes latitudes européennes. Sans doute le nord de l’Europe est visité par le courant chaud du gulf-stream, cet immense fleuve sous-marin parti du golfe du Mexique et qui adoucit si étonnamment notre atmosphère. Le rivage atlantique de l’Amérique du Nord est à son tour baigné par un contre-courant venu des mers polaires ; mais comment se fait-il que les étés, de Québec à Washington, de New-York à Saint-Louis, sont si intolérables, souvent même plus chauds que sous les tropiques ? Hiver comme été, la saison est extrême, et le même fait se révèle dans la partie orientale du continent asiatique, où les hivers et les étés de Pékin rappellent ceux de New-York.

Les grands froids semblent ranimer la vie. Les parties en traîneau sont parmi celles que préfèrent les Américains. On se visite, on se réunit à des pique-niques, à des danses, à des fêtes de tout genre ; on essaie de passer le plus gaîment les mois où le lac est gelé sur ses bords et où les communications par eau sont interrompues, où il y a même d’assez fréquens chômages sur les railways à