Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/646

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boisée, les autres à des distances éloignées de tout massif de bois ; il a reconnu que dans les régions forestières les pluies sont plus abondantes et plus fréquentes que dans les régions dénudées, où la pluie ne tombe que rarement, et seulement par ondées à la suite d’orages. Ce phénomène d’ailleurs est facile à expliquer. Dans un pays dénudé, le sol s’échauffe rapidement, échauffe l’air ambiant, qui se dilate, s’élève et absorbe sans les condenser les vapeurs que les vents de la mer entraînent avec eux. Ces vapeurs ne se résolvent en pluie que lorsqu’un vent contraire, venant arrêter le courant primitif, en comprime les couches, qui abandonnent alors l’eau qu’elles contiennent. En région boisée au contraire, l’air ambiant ne s’échauffe pas, et l’humidité qu’il contient se condense naturellement et sans perturbation atmosphérique. Ainsi par exemple, s’il pleut fort peu sur le versant occidental du Jura, c’est parce que la vapeur d’eau que contient le vent d’ouest est précipitée en pluie par les forêts du versant opposé, et que ce vent arrive desséché de l’autre côté de la montagne. Il s’ensuit que c’est surtout dans les pays chauds qu’il faut conserver les forêts et qu’il faut en créer de nouvelles quand elles ont disparu, parce que d’une part elles abaissent la température, et que de l’autre elles provoquent des pluies, sans lesquelles il n’y a pas de végétation possible. Tous ceux qui ont visité l’Algérie disent que le salut de notre colonie est à ce prix. De l’action chimique des forêts dépend aussi la propriété qu’ont certaines essences d’assainir le climat en décomposant les miasmes délétères. On sait que les plantations d’arbres sont une condition de salubrité pour les villes, et qu’elles sont indispensables dans les cimetières pour empêcher les émanations putrides.

Arrivons à l’examen des phénomènes résultant de l’action physique des forêts. On a vu que, dans les expériences faites par M. Fautrat, il était tombé en terrain découvert 275mm d’eau, tandis que sur le massif boisé il en était tombé 300mm. Une partie de cette dernière ayant été arrêtée par le feuillage des arbres, il n’en est arrivé jusqu’au sol que 179mm, c’est-à-dire environ 60 pour 100 de la quantité tombée et 98mm de moins qu’en terrain nu ; mais cette différence est plus que compensée par la différence d’évaporation qui se produit de part et d’autre. En plaine, où le soleil et le vent exercent leur action sans obstacle, l’évaporation est à peu près cinq fois plus considérable qu’en forêt, où le dôme de feuillage, la couche des feuilles mortes forment des écrans contre l’action solaire, et où la tige des arbres supprime celle du vent. Il en résulte que, si le sol de la forêt reçoit moins d’eau que celui de la plaine, par contre il en conserve davantage et l’emmagasine dans les couches inférieures. D’ailleurs il ne faut pas perdre de vue que pendant l’hiver, alors que les arbres sont dépouillés de leurs