Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/673

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liste triple de candidats présentée par le bureau lui-même. Nous n’avons rien à dire de cette combinaison ; elle nous paraît satisfaisante. Nous la trouvons certainement préférable à celle qui ferait nommer par le conseil municipal tout ou partie du bureau de bienfaisance. De nos jours, la politique exerce une large influence sur le choix des conseillers municipaux dans les villes, elle aspire à en exercer une dans les campagnes ; or la politique doit être bannie soigneusement du domaine de la charité. Quant à l’introduction du représentant du clergé dans la commission de bienfaisance, elle n’a rien que de très rationnel, le curé étant l’avocat naturel des pauvres. C’est là une innovation heureuse dont l’application, qui en a déjà été faite, permet de constater les bons résultats. Avant la loi nouvelle, le bureau de bienfaisance et le curé avaient souvent chacun leur liste d’indigens, qu’ils ne se communiquaient pas ; il en résultait des doubles emplois regrettables et des oublis plus fâcheux encore ; aujourd’hui l’entente est devenue facile, puisque la liste est dressée en commun ; la charité ne peut manquer d’être mieux faite.

Un certain nombre de personnes se sont élevées dans l’enquête contre l’idée de confier au bureau de bienfaisance le soin de dresser la liste des indigens. « Donner au bureau de bienfaisance cette délicate mission, disent-elles, ce serait l’exposer à travailler dans le but de limiter le plus possible les secours. » Pour nous, le danger n’est pas là ; il est bien plutôt dans l’excès contraire, dans les largesses imprudentes auxquelles les membres du bureau peuvent se laisser entraîner, dans les supplications des amis, dans les obsessions des parens, et Dieu sait si la parenté s’étend loin au village ; les limites du code civil y sont complètement inconnues. Qu’on n’oublie pas d’ailleurs que le budget du bureau de bienfaisance sera toujours bien modeste, qu’il importe d’en confier la surveillance à un gardien vigilant et parfois féroce, et que le plus grand danger qu’on pût lui faire courir serait de le considérer comme une sorte de patrimoine communal dont les ressources devraient être partagées chaque année entre les indigens inscrits. Au village, dans les années d’abondance, il y a peu ou point de pauvres. Qu’on se garde d’en créer : ces années-là, le bureau devra défendre énergiquement sa caisse et n’en laisser rien sortir. Nous ne pouvons donc nous émouvoir du péril qu’on nous signale, et s’il était vrai que le bureau de bienfaisance dût pécher parfois par excès de prudence et de parcimonie, ce n’est pas nous qui songerions à- nous en plaindre.

Il est d’ailleurs un principe qui domine toute cette matière de l’assistance publique, c’est que le bureau de bienfaisance doit seulement intervenir quand la famille de l’indigent est impuissante. — S’il en était autrement, si la famille pouvait se décharger sur