Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/696

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français, les unes tenaient évidemment aux temps et aux circonstances, n’en existerait-il point de plus générales et plus durables qui sont inhérentes à notre caractère même ? On ne peut conjecturer ce que l’Algérie serait devenue aux mains d’un autre conquérant chrétien. Les Espagnols ont occupé deux fois Oran au temps de leur plus grande splendeur, de 1505 à 1708, puis de 1732 à 1792, sans pouvoir jamais rayonner autour, et dans des alertes continuelles. Sur aucun point de l’Algérie, nous n’avons élevé d’ouvrages de défense comparables aux gigantesques fortifications construites pour conserver leur domination précaire. Le spectacle que présente ce pays n’accuse certes pas notre impuissance à coloniser. Les étrangers qui le visitent nous rendent sous ce rapport une justice que nous nous sommes quelquefois déniée à nous-mêmes. J’ai eu personnellement la satisfaction d’en recueillir le témoignage de leur bouche ; mais nos pères joignaient à ces aptitudes colonisatrices, dont nous ne sommes pas encore dépourvus, un goût que nous ne possédons plus pour les entreprises de colonisation. Les classes élevées n’encouragent plus chez nous, comme autrefois, par leur exemple le peuplement de nos possessions lointaines. L’Angleterre suit toujours, pour son plus grand avantage, ces viriles traditions. En France, elles se sont perdues pour faire place à l’indifférence et quelquefois même à de pires dispositions. Ainsi nous avons vu pendant longtemps un préjugé dont nuls cultivateurs, commerçans, fonctionnaires, n’étaient à l’abri, jeter de la déconsidération SUT l’émigration française en Algérie, et nos gouvernement se donner le tort de l’entretenir en faisant parfois de ce pays un lieu de disgrâce pour les fonctionnaires publics.

Dans ces conditions, il ne faut pas décourager les étrangers qui apportent en Algérie leurs bras et leurs capitaux. Si nos colons peuvent à bon droit réclamer la plus considérable part dans l’œuvre de civilisation accomplie en Afrique par les Européens, ils ont trouvé dans les étrangers de précieux auxiliaires. Sans parler des grands travaux d’utilité publique exécutés sur tout le territoire par des entrepreneurs et des ouvriers venus du dehors, et en s’en tenant à la colonisation agricole, on ne doit pas oublier que les Mahonnais dans le département d’Alger, les Italiens et les Maltais dans celui de Constantine, ont puissamment contribué à développer sous ce rapport la prospérité matérielle, et que, sans les travaux de défrichement et d’assainissement exécutés par les Espagnols dans la province d’Oran, ses plus fertiles cantons seraient peut-être encore inhabitables pour nous. Au point de vue politique, nous n’avons pas d’ailleurs jusqu’ici le droit de nous plaindre et de nous défier d’eux. Est-ce qu’ils nous ont occasionné des embarras durant la dernière