Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/765

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


était un congrès de paix permanent appelé à maintenir le statu quo et à écarter toute cause de conflit. Les petits incidens, les petites manœuvres et les petites luttes d’influence ne manquaient pas, il est vrai, dans cette communauté, pas plus que dans toute autre : ils servaient à entretenir la bonne humeur des diplomates ordinaires et étaient généralement considérés comme des stimulans utiles pour la bonne gestion des affaires et la bonne digestion des dîners ; mais qu’ils devaient paraître mesquins aux yeux d’un homme d’action et de combat, qu’ils devaient l’irriter, parfois même l’exaspérer ! — Observer les affaires du monde de ce poste du Mein qui permettait de les saisir dans leur ensemble, profiter des renseignemens abondans pour en composer des dépêches brillantes propres à instruire et surtout à amuser un maître auguste, trouver à l’occasion un mot bien spirituel, bien malicieux, et s’en réjouir, en faire jouir les autres, le porter même tout chaud à Stuttgart et en confier l’expédition lointaine à une gracieuse grande-duchesse, — c’était là une occupation qui pouvait contenter un prince Gortchakof, charmer même les loisirs d’un homme élevé à l’école du comte Nesselrode et vieilli dans la carrière. Le moyen de faire agréer une pareille existence à un chevalier de la Marche improvisé ministre plénipotentiaire, le moyen d’enfermer dans un cercle si étroit, bien qu’enchanteur, un « fiancé de Bellone » tout frémissant encore des batailles livrées sans relâche pendant quatre ans sur une scène retentissante ! Pour trouver une compensation telle quelle dans le milieu nouveau où il venait d’être placé, il lui aurait fallu au moins quelque grande combinaison européenne, quelque grande négociation capables d’éprouver ses facultés et de les faire valoir, — et on lui parlait du « bric-à-brac » de la Lippe-Supérieure ! Une négociation aussi insignifiante que celle avec le pauvre Augustenbourg, menée à bonne fin en 1852, ne pouvait certes pas compter parmi les triomphes dignes d’un Bismarck [1], et c’était là cependant le seul et piteux « œil de graisse »

  1. Elle ne laisse pas cependant, d’être intéressante et d’avoir même un côté bien piquant. Plein encore de la conviction qu’on avait fait au Danemark une guerre « éminemment inique, frivole et révolutionnaire, » le plénipotentiaire prussien auprès du Bund travailla en 1852 très activement à écarter pour l’avenir une cause possible de perturbation, et négocia un marcha d’Ésaü avec le duc Christian-Auguste Augustenbourg, l’ancien fauteur du slesvig-holsteinisme, et prétendant éventuel aux duchés. Grâce à l’entremise de M. de Bismarck, le vieux duc signa, contre la somme de 1 million 1/2 de rixdalers donnée par le gouvernement de Copenhague, un acte solennel par lequel il s’engagea « pour lui et sa famille, sur sa parole et son honneur de prince, à ne rien entreprendre qui pût troubler la tranquillité, de la monarchie danoise. » Cela n’empêcha point le fils de Christian de faire valoir impudemment ses prétendus droits en 1863, ni même M. de Bismarck de les appuyer pendant un certain temps, jusqu’au moment où les fameux syndics de la couronne vinrent jeter le doute dans l’âme du premier ministre de Berlin et lui prouver que les duchés, n’appartenant de droit à personne, appartenaient au roi Guillaume par le fait de la conquête.