Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/899

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« La première difficulté qui se présente à mon esprit porte sur les bornes et sur l’uniformité du plan que l’université a exposé. J’y vois tous les jeunes gens entrer dans la même carrière, suivre le même cours de classes dans le même nombre d’années, et dans un espace étroit tendre tous au même genre et au même degré de connaissances, et cependant, parmi les jeunes gens réunis dans le même collège, j’en vois de différentes conditions qui doivent remplir des emplois différens, et dont la destinée doit être aussi variée que leur fortune… Les écoles publiques ne sont-elles destinées qu’à former des ecclésiastiques, des magistrats, des médecins et des gens de lettres ? Les militaires, les marins, les commerçans, les artistes, sont-ils indignes de l’attention du gouvernement, et, parce que les lettres, ne peuvent se soutenir sans l’étude des langues anciennes, cette étude doit-elle être l’unique occupation d’un peuple instruit et éclairé ? .. »

On trouverait dans les écrits du président Rolland beaucoup de pages conçues dans le même sens ; mais à un certain nombre d’idées justes il se mêle des erreurs qui devaient en arrêter ou en compromettre la réalisation. Ainsi il croit que cet enseignement usuel doit être placé surtout dans les grandes villes et auprès des grands colléges. D’un autre côté, il demande qu’on réduise, le nombre des collèges et il approuve le vœu formé par l’université de Bordeaux en 1748, laquelle s’élevait contre la multiplicité des maisons d’instruction publique, « parce qu’il est à craindre que le trop grand nombre d’étudians ne dépeuple les campagnes et ne nuise aux arts et à l’agriculture. »

Cette même idée, qu’il faut prendre garde à la trop grande extension de l’instruction, se retrouve dans l’Essai d’éducation nationale publié dans le même temps par le procureur-général au parlement de Bretagne, La Chalotais. « Par exemple, dit-il, on demande s’il y a trop ou trop peu de collèges en France. La résolution de cette question dépend de savoir s’il y a assez de laboureurs, assez de soldats… Il n’y a jamais eu tant d’étudians dans un royaume où tout le monde se plaint de la dépopulation : le peuple même veut étudier ; des laboureurs, des artisans envoient leurs enfans dans les collèges des petites villes, où il en coûte peu pour vivre… Les frères de la doctrine chrétienne, qu’on appelle ignorantins, sont survenus pour achever de tout perdre ; ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n’eussent dû apprendre qu’à dessiner et à manier le rabot et la lime, mais qui ne le veulent plus faire… Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au-delà de son triste métier ne s’en acquittera jamais avec