Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/903

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’admirer la quantité de savoir et d’expérience pédagogique qui y est déposée.

« Le plan général des nouvelles études, dit entre autres choses M. Duruy, diffère essentiellement de celui des études classiques. Lorsqu’un élève entre au lycée, c’est pour en suivre successivement toutes les classes. Nous sommes donc assurés de son attention et de son travail pour sept ou huit ans, et nous disposons nos méthodes en conséquence. Presque tous les fruits de l’enseignement classique seraient perdus pour celui qui n’achèverait pas le cours entier des études du lycée ; mais l’enseignement spécial a été institué en faveur des enfans qui ne peuvent disposer d’un aussi gros capital de temps et d’argent. Beaucoup n’iront pas jusqu’à la fin des cours ; quelques-uns même n’y resteront qu’une année ou deux. Il a donc fallu distribuer les matières de cet enseignement de telle sorte que chaque année d’études formât un tout complet en soi, et que les plus indispensables fussent placées dans les premiers cours, afin que, si les exigences de la vie forçaient un élève à quitter prématurément le collège spécial, il fût assuré d’en emporter, à quelque époque qu’il en sortit, des connaissances immédiatement utiles. L’enseignement littéraire occupe plus de place dans les premières années, et l’importance des études scientifiques va croissant avec l’âge des élèves. Les. programmes ne sont d’ailleurs pas obligatoires pour toutes les écoles spéciales : en mettant à part certains cours qui seront partout nécessaires, le caractère fondamental de cet enseignement est de varier selon les besoins de chaque localité. Aussi un conseil de perfectionnement, choisi parmi les notables commerçans, industriels et agriculteurs et présidé par le maire, est-il adjoint à chaque école. Depuis le cours préparatoire jusqu’à la dernière année de l’enseignement spécial, il faudra diriger constamment l’attention des élèves sur les réalités de la vie, les habituer à ne jamais regarder sans voir, les obliger à se rendre compte des phénomènes qui s’accomplissent dans le milieu où ils sont placés, et leur faire goûter si bien le plaisir de comprendre que ce plaisir devienne un besoin pour eux, en un mot développer dans l’enfant l’esprit d’observation et le jugement, qui feront l’homme à la fois prudent et résolu dans toutes ses entreprises, sachant gouverner ses affaires et lui-même. En même temps que les sciences appliquées mettront son esprit dans cette voie pratique, les cours de littérature, d’histoire et de morale lui donneront le goût de s’élever au-dessus des réalités du monde physique. »

Un si grand effort, s’il avait eu son plein effet, aurait pourvu la France en quelques années d’une forme d’école que l’Allemagne avait mis cent ans à créer. Que manqua-t-il pour que la réussite