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enseignement jusqu’à un niveau tout à fait digne d’éloges. La plus célèbre de ces écoles, créée en 1839 par M. Pompée, rue du Vert-Bois, est la même qui, sous le nom d’école Turgot, devait servir plus tard de modèle aux établissemens de la ville de Paris. Malheureusement la loi de 1850, inspirée sans doute par la même crainte dont nous avons donné quelques exemples, arrêta presque partout ce, mouvement. Elle garda le silence sur l’enseignement primaire supérieur : les établissemens de ce genre, cessant d’avoir une existence officiellement reconnue, tombèrent ou se transformèrent en pensionnats privés. Cependant la question de l’instruction intermédiaire restait à l’ordre du jour et les. commissions se succédaient, faisant régulièrement un rapport favorable à la création d’un enseignement « spécial » pour les élèves qui veulent se vouer au commerce et à l’industrie.

Nous arrivons au ministère qui donna une forme précise à ces projets. Qu’il s’agisse d’instruction supérieure ou d’instruction primaire, de fondations d’écoles ou de programmes d’études, c’est toujours, dans la longue histoire de nos essais et de nos tâtonnemens, M. Duruy qu’on rencontre passant de la parole à l’exécution. Quand même les voies employées auraient parfois été défectueuses, il faut reconnaître la puissance de volonté et l’amour du bien public qui ont marqué les actes de son ministère. Des hommes compétens sont d’abord envoyés à l’étranger pour étudier l’organisation de l’enseignement en Angleterre, en Ecosse, en Belgique, en Suisse, en Allemagne ; pour ce dernier pays, qui nous occupe ici particulièrement, une excellente et substantielle relation est faite par M. Baudouin [1] : on y voit nettement exposés le plan et l’économie de la realschule. De l’étude préparatoire, M. Duruy passe bientôt aux actes. Une série de lois, de décrets et d’arrêtés organise, de 1863 à 1866, l’enseignement secondaire spécial. Pour avoir des professeurs, une grande école normale est créée à Cluny ; l’état, les départemens, les communes, sont invités à y fonder des bourses. On institue un ordre particulier d’agrégation pour les maîtres, un brevet équivalant au certificat de maturité allemand pour les élèves. Un plan d’études parfaitement conçu, des programmes pour chaque branche d’enseignement rédigés par les plus hautes autorités scientifiques, sont publiés. Quand on lit le volume in-quarto qui renferme cet ensemble d’actes et d’instructions [2], on ne peut s’empêcher

  1. Rapport sur l’état actuel de l’enseignement spécial et de l’enseignement primaire en Belgique, en Allemagne et en Suisse, par M. J. Baudouin, inspecteur-général, 1865, 1 vol. in-4°.
  2. Enseignement secondaire spécial. Décrets, arrêtés, programmes et documens relatifs à l’exécution de la loi du 21 juin 1865.