Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/905

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fait en France pour l’enseignement intermédiaire qu’ont pu faire en Allemagne les Hecker et les Spilleke, nous voulons parler de M. Marguerin, le successeur de M. Pompée à l’école Turgot, ont enfin dirigé la ville de Paris dans la vraie voie. Les maisons adoptées ou créées par elle, Turgot, Chaptal, Colbert, Lavoisier, l’école supérieure d’Auteuil, auxquelles il faut ajouter les deux écoles commerciales entretenues par la chambre de commerce, montrent assez par leur prospérité qu’elles reposent sur une idée juste, et qu’elles répondent à des besoins réels. Il est intéressant d’observer comment, sous l’empire de circonstances analogues, les mêmes particularités que nous avons constatées pour la realschule allemande se reproduisent dans ces écoles. Les embarras des deux côtés sont surtout dans la constitution du programme d’études et dans la difficulté de retenir une jeune population pressée de gagner sa vie. Un mot sur l’un et l’autre point ne paraîtra sans doute pas déplacé.

Ce n’est pas la partie scientifique du programme qui est embarrassante : il est assez aisé de choisir dans les études physiques et mathématiques ce qui convient à la généralité des élèves ; le goût des jeunes gens les porte d’ailleurs de ce côté, et ils recueillent avec avidité des leçons dont ils comprennent le prix ; mais la partie littéraire préoccupe visiblement les directeurs. Pas plus en France qu’en Allemagne, on n’a encore su trouver la forme et les limites qu’il lui faut donner. « Nos maîtres de français, me disait le directeur de l’école Colbert, M. Focillon, sont habituellement de deux sortes : ou ils enseignent les règles, de manière que les enfans apprennent l’orthographe et la grammaire, mais alors ils ignorent le vocabulaire et l’histoire de la langue, — ou bien le maître sait intéresser les écoliers par l’exposition des étymologies et par des notions de littérature, mais les règles restent en souffrance. » Ce que j’ai pu observer m’a confirmé la justesse de ces paroles. On est surpris de voir des jeunes gens de quinze ans, qui possèdent des connaissances étendues et qui résolvent avec facilité des questions difficiles, embarrassés pour exposer une idée par écrit et incapables de parler d’abondance sur un sujet d’histoire ou de géographie pendant trois minutes. On ne saurait nier que la realschule l’emporte ici notablement. Nos élèves ne sont pas exercés à faire de ces devoirs qui exigent des lectures, de la réflexion, et pour lesquels on leur laisserait un délai de douze à quinze jours. Ils n’ont pas entre les mains un choix assez varié de livres. Je crois que le remède à ce défaut doit être cherché dans une augmentation des classes de français et dans la diminution du nombre des élèves réunis en une même classe. Les chiffres sur ce point sont inquiétans : à Turgot, en première année, 120 jeunes enfans sont entassés dans