Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/906

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le même amphithéâtre, et il y a peu de temps, avant la séparation de cette classe en deux divisions, le nombre des élèves réunis sous un même professeur dépassait 200. A Colbert, à Lavoisier, les chiffres sont à peu près pareils. Comment le maître aurait-il le temps d’exercer les enfans à réfléchir et à parler ? C’est beaucoup s’il peut en une semaine obtenir de chacun une courte réponse.

Même en réalisant cette amélioration, la constitution de l’enseignement littéraire restera encore longtemps une question à l’étude. Il convient de laisser aux directeurs une grande latitude pour le choix des maîtres et pour l’extension des programmes. L’administration municipale, représentée par M. Gréard avec la supériorité que tout le monde connaît, semble en effet disposée à ne rien forcer ; depuis l’école Lavoisier, qui confine à l’école professionnelle et où une partie des élèves manient les outils de forgeron, jusqu’au collège Chaptal, qui admet le latin sur son programme, il y a place pour une assez grande diversité de types, que l’initiative privée pourra augmenter encore [1].

L’autre difficulté, c’est le départ anticipé des élèves. Dans toutes ces maisons, le nombre des écoliers suit une progression ascendante au cours des trois premières classes jusqu’aux environs de quatorze ans, et il s’abaisse rapidement pendant les trois dernières années. A Colbert par exemple, la population par classe monte de 55 à 98 et 185, pour redescendre ensuite à 130, 75, 36. Nous n’avons pas, comme en Allemagne, des règlemens attachant un avantage à chaque année de prolongation. Le privilège si envié du volontariat d’un an, l’entrée dans certaines administrations comme les télégraphes et les postes, pourraient donner au certificat de sortie une valeur immédiate, et permettraient d’ajouter un ou deux ans à la série des classes. En attendant, les directeurs ont suppléé par leur initiative à l’insuffisance de la loi : si les hautes classes ne sont pas vides, c’est à leurs efforts qu’on le doit. L’auteur de cette innovation est encore M. Marguerin. Comme les maîtres d’usines et les chefs de comptoirs venaient le trouver pour lui demander des employés, il fit comprendre aux écoliers et aux familles qu’une place serait au bout d’une nouvelle année, de deux années d’études. Aujourd’hui une partie des jeunes gens reste dans ces écoles jusqu’à quinze ou seize ans. Les uns entrent comme employés dans la grande industrie ou dans les chemins de fer, les autres dans des maisons de

  1. On peut à peine ranger ici l’école Monge, qui, en sa jeune ambition, veut faire succéder à un excellent enseignement primaire poursuivi jusqu’à douze ans une instruction littéraire non moins étendue que celle des lycées. Par le prix élevé de sa pension, l’école Monge ne s’adresse qu’aux classes riches. On en peut dire autant de l’École alsacienne, qui, sur la rive gauche, poursuit un but analogue.