Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/933

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La peinture de M. Pille est de charpente un peu grossière, mais solide. Elle a de gros os ; on la sent vigoureuse, patiente, tenace, et pourtant elle a les pâles couleurs comme une fillette. Il y a d’ailleurs une certaine précision dans les contours, et l’ensemble a de l’harmonie, harmonie légèrement emplâtrée et mourante toutefois. Deux petits tableaux, pas plus grands que la main, par M. Maxime Claude, le Parc, souvenir de Londres, et la Plage. Il s’agit dans l’un et l’autre cas de jeunes amazones élégantes et bien montées. Rien de fin, de distingué et de délicat comme ces deux toiles microscopiques, où l’exécution trouve le moyen d’être large et aisée. Tous ces personnages ont du mouvement, vivent, et aucun d’eux ne se doute que M. Maxime Claude les regarde. — Les Tapageurs de M. David Col ont ceci d’agréable qu’ils sont tout à leur vacarme, ne posent pas et n’ont aucun souci d’être des tapageurs remarquablement exécutés. Dans la situation très tendue où nous placent les prodiges de la brosse, cette aisance fait du bien. On n’est plus dans un atelier, mais dans un cabaret véritable ; cela change et soulage.

On n’est pas plus en bois que ne le sont les Amateurs de bois sculpté que nous offre M. Lesrel. Comment rire de ces pauvres vieillards, dont les intentions sont comiques, lorsqu’on a devant soi tant de détails étonnans et que l’on est comme écrasé par la vue de ce travail prodigieux, où il semble que toute une fourmilière ait picoté, fouillé et refouillé depuis deux ou trois ans !

les produits que M. Eakins nous expédie de Philadelphie sont d’un bon enseignement. Vous les avez vus sans doute ? Ces deux toiles, contenant chacune deux chasseurs dans un bateau, ressemblent tellement à des épreuves photographiques recouvertes d’une légère teinte locale à l’aquarelle, que l’on se demande si ce ne sont pas là les spécimens d’un procédé industriel encore inconnu, et que l’inventeur aurait malicieusement envoyés à Paris pour troubler M. Détaille et effrayer l’école française. M. Ferrandiz, qui possède, comme M. Eakins, quelque secret inconcevable, a juré de nous faire baisser les yeux, et nous, les baissons, comme il le souhaite, devant l’effet de lumière électrique qui éclaire son Départ pour la fête de Monte-Vergine.

Les deux grands tableaux de M. Castiglione : le Château de Haddon-Hall au moment où les soldats de Cromwell l’envahissent et une Visite chez l’oncle du cardinal, — Frascati, près de Rome, ont été accrochés là par la Providence pour résumer la question et montrer à M. Firmin Girard où peut conduire le culte du stéréoscope lorsqu’il n’est plus accompagné comme chez lui par la sûreté du crayon et la jeunesse de l’œil. Ces deux tableaux doivent enseigner aussi à M. Leloir à quel mince effet historique on arrive par