Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/939

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Les toiles de M. Clays sont lavées comme une aquarelle, mais très vivement enlevées, éclatantes et harmonieuses. Ses Environs de Londres ont le mouvement d’une improvisation et le charme, d’une impression juste et originale. Les paysages de M. Bernier sont solides, riches, féconds, pleins de bons gros arbres bien portans. Point de rêveries, de préoccupations inquiètes, mais un sentiment de plénitude réjouissant à constater. M. Boudin aime le gris peint dans le gris, c’est sa passion. Éloignez-vous de trois pas, et tout se révèle comme le sens d’un rébus d’abord incompréhensible. Les premiers plans font positivement défaut ; mais quels jolis ciels !

Quant à la peinture de M. Wahlberg, elle éclate comme un feu d’artifice. La Nuit à l’entrée de l’archipel de Gothemberg est d’une étrangeté exceptionnelle. Le ciel tacheté, veiné comme un marbre, dépasse en rêverie les limites connues ; mais que de talent, d’impressionnabilité nerveuse dans cette étonnante exécution !

Les Bouleaux, un peu trop crûment mouchetés de noir, ont un caractère de distinction et d’élégance. Ces harmonies si fort originales et vibrantes vous entrent dans l’œil, comme pénètrent dans l’oreille les sonorités complexes et. travaillées de la musique moderne ; elles charment beaucoup et font un peu souffrir en même temps.

M. Lambinet peint avec plaisir, et on a plaisir aussi à voir ce qu’il a peint ; son bord de l’eau par un matin d’été est charmant. Le soleil, qui dort encore d’un œil, commence à percer la vapeur. On a les pieds dans la rosée, et il semble que l’air est embaumé. Voici le bosquet très connu et toujours agréable où M. de Cock invite ses amis à s’asseoir. Voici le ruisseau, la joyeuse harmonie des petits tons verts et frais, et aussi la branchette lumineuse sillonnant comme un éclat de rire ce fouillis printanier. On se retrouve et cela repose. Le Chemin sous la futaie, de M. de Hagemann, ne plaisante pas : vrai comme une photographie, rugueux comme un vieux mur. Il y a bien du talent dans cette construction, mais comme j’attendrais pour aller me promener par là que le soleil un peu plus bas à l’horizon eût nuancé cette coloration !

Le Boulevard Rochechouart par un temps de neige, dont M. Delpy est l’auteur, rentre dans la catégorie des effets de chambre claire. M. Delpy a l’œil fort juste et la main très habile ; mais je n’en suis pas plus désireux pour cela d’habiter le boulevard Rochechouart. Non, tout n’est pas bon à peindre. Cette perfection des moyens matériels est un moyen, non un but. On fatigue le public à faire admirer trop longtemps ses outils, et j’estime qu’il y a quelque prétention dans le choix des réalités laides où l’habileté de l’exécutant reste seule isolée, trop en vue, étonnant tout le monde et ne touchant personne.