Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/945

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Il y a du goût et de la distinction dans la Prière, statue en marbre de M. de Vauréal. La composition est heureuse, le mouvement simple et gracieux ; les draperies bien ajustées sont rendues avec délicatesse, l’effet est excellent. En revanche, que ce Ganymède de M. Pallez laisse de choses à désirer, et que je comprends peu la médaille qu’on lui a décernée ! En dehors du goût détestable de ce groupe et de l’écœurante attitude de ce grand niais pâmé sur son aigle, je cherche vainement les qualités spéciales qui ont ébloui les jurés. Un mannequin est plus souple et mieux modelé que ne l’est ce personnage, dont le cou ne supporte pas la tête. Comment expliquer ce bras gauche ? et ces ailes, à qui appartiennent-elles, où s’emmanchent-elles ? Cette médaille rend un mauvais service au Ganymède de M. Pallez : elle le signale.

Le Jeune Gaulois annonçant le gui nouveau qu’expose M. Baujault est une réminiscence du joli petit Vainqueur de M. Falguière. Ce jeune Gaulois, qui est très travaillé, n’est pas heureux de composition ; le bras en l’air prolonge un corps étiré déjà sans qu’on en comprenne la raison. La tête manque d’ampleur, et la bouche, prodigieusement ouverte, n’est plus qu’un trou dont on cherche l’usage.

Le Jeune Faune faisant combattre deux coqs est d’un aspect charmant ; il y a là le motif d’un excellent marbre que M. Charles Lenoir exécutera certainement, s’il se dégage de certaines lourdeurs et pousse l’étude de la figure avec autant de conscience qu’il a mis d’esprit et de goût à en chercher le modèle.

Ce n’est pas par l’aisance et la distinction que brille la Néréide de M. Moreau-Vautier. Cette figure n’en est pas moins soigneusement étudiée et serait fort bonne, si son auteur nous y faisait saisir la nuance qui sépare le nu du déshabillé. La Sainte Geneviève en pierre, drapée simplement, est d’un bon effet décoratif. L’Amour, statuette ivoire, or, argent et pierre fine, est un bijou coquet. Le personnage est fort délicatement modelé, et son mouvement est charmant.

La Petite Italienne agenouillée de M. de Vigne est si gentille et recueillie que tout d’abord on va à elle. Les mains jointes sont d’un modelé grassouillet et séduisant. La tête est jeune, la silhouette aimable. Il n’en est pas moins vrai que le charme de la nature était bien plutôt dans la coloration que dans la forme. L’épais tablier qui enveloppe étroitement la jupe pouvait être joli à peindre ; il n’est plus, en sculpture qu’une masse lourde, qu’un étui où toute une moitié de la figure est enfermée. Chaque art a ses limites au-delà desquelles l’artiste le plus vaillant se heurte à l’impossible. Cette observation s’applique aussi à la Jeanne d’Arc de M. Fremiet,