Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/952

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institutions pratiques où l’intérêt national ait ses garanties, où les partis trouvent un frein, et qui, en durant, en s’acclimatant, deviennent une manière de vivre naturelle, rassurante pour le pays, en même temps qu’une défense efficace contre les fauteurs de coups de théâtre, d’appels au peuple ou de révolutions. La question est là tout entière pour les esprits prévoyans, pour ceux qui se piquent d’être républicains sincères aussi bien que pour les monarchistes constitutionnels ou conservateurs qui veulent servir patriotiquement la France, non rester obstinément asservis à une passion, à un intérêt ou à une préférence de parti.

Ceci est l’affaire de demain. C’est ce qu’on pourrait appeler la question essentiellement politique qui viendra bientôt, qui trouvera sans doute le gouvernement et la commission d’accord, ou du moins tout disposés à s’entendre sur le fond aussi bien que sur l’ordre de ces débats. Pour le moment, l’assemblée n’en est pas encore là ; elle est tout entière à un problème qui n’est point assurément moins grave, qui domine même, si l’on veut, la politique. Il s’agit de cette loi sur la liberté de l’enseignement supérieur née d’une proposition faite par M. le comte Jaubert à Bordeaux, dès la réunion de l’assemblée. Une commission nommée pour étudier ce grand problème s’est livrée à de longs et sérieux travaux. La loi a été déjà soumise à une première délibération publique, elle revient aujourd’hui, et l’ardeur de conviction et d’éloquence avec laquelle elle est discutée, soutenue, indique le prix que la droite attache à la faire triompher. La droite tient à la loi par des préoccupations religieuses au moins autant que par des raisons politiques : elle a insisté pour que l’assemblée ne se séparât pas sans la voter, comme si elle tenait à prendre une revanche de ses défaites constitutionnelles ou à laisser un dernier témoignage de ses idées préférées, de son influence dans une œuvre considérable.

Qu’en résultera-t-il au bout de tout ? L’avenir le dira. La droite tient à certaines libertés, au risque de s’exposer quelquefois à d’assez graves mécomptes. Elle a voulu faire, il y a quelques années, une loi de décentralisation qui ne lui a sûrement pas procuré toutes les satisfactions qu’elle attendait, et dans le fond de sa pensée peut-être a-t-elle aujourd’hui moins d’enthousiasme qu’elle n’en avait en 1871, à cette époque où elle eût désarmé l’état de ses prérogatives les plus essentielles, si on l’eût écoutée, dans ce premier moment où M. Thiers était obligé de lui faire violence pour réserver au gouvernement la nomination de quelques maires des grandes villes. Il ne serait point impossible que la loi sur l’instruction supérieure ne réservât à la droite d’autres déceptions, et que le résultat définitif ne répondît pas entièrement à ses vœux. N’importe, la liberté, de l’enseignement supérieur est une de ces conquêtes devant lesquelles on ne peut reculer ; elle n’est d’ailleurs que le couronnement naturel, logique de la liberté de l’enseignement secondaire