Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/953

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instituée par la loi de 1850, il y a vingt-cinq ans déjà, et la preuve que ce n’est plus seulement une affaire de parti ou de secte, une revendication de circonstance ou de fantaisie, c’est qu’ici encore M. Laboulaye se trouve le rapporteur de la commission ; défenseur de la liberté de l’enseignement, il est comme un médiateur entre ceux qui, par une sorte de tradition révolutionnaire, par crainte des usurpations cléricales, s’accommoderaient de ne rien accorder, et ceux qui, croyant servir les intérêts de l’église, voudraient tout avoir. Les uns et les autres se trompent, M. Laboulaye a beaucoup de peine à les mettre d’accord en défendant contre tous les conditions d’une vraie et juste liberté.

Ainsi donc il y aura des universités libres, vivant de leurs propres ressources, ne relevant que d’elles-mêmes dans leur enseignement, dans leurs méthodes et dans leur discipline. Les associations religieuses ou laïques, les départemens, les communes, pourront avoir leurs établissemens, leurs facultés, leurs chaires, leurs cours de littérature ou de sciences, de médecine ou de droit, — tout cela bien entendu sous certaines conditions déterminées propres à garantir le caractère sérieux de cet enseignement indépendant. Rien de mieux. L’église y trouvera des avantages, des moyens d’action, elle le croit, et dans tous les cas il est bien clair que par son organisation, par ses ressources, elle est mieux préparée que personne à profiter de cette situation nouvelle. C’est après tout la condition inévitable et laborieuse de la liberté, qui n’a son vrai prix et n’est la liberté que lorsqu’elle est pour tout le monde. Dès qu’on a la généreuse hardiesse de tenter cette grande réforme, il faut en accepter les conséquences en se fiant à la vivace énergie de la société moderne pour corriger ce que certaines tendances pourraient avoir de trop exclusif, en comptant aussi sur cette émulation qui a produit des institutions comme cette École libre des sciences politiques dont la fondation a devancé la loi, et dont les premiers efforts ont été couronnés de succès. Soit, c’est la concurrence régulièrement introduite dans toutes les directions morales et intellectuelles, dans la formation des générations nouvelles ; mais enfin il est bien évident aussi que la liberté de l’enseignement supérieur a ses limites comme toutes les autres libertés, et en aucun cas, de quelque voile qu’elle se couvre, elle ne peut servir de prétexte à des déviations périlleuses des principes du droit civil de la France, pas plus qu’elle ne peut signifier l’exclusion ou l’effacement de l’état dans la formation de la jeunesse française, dans l’administration des grades qui accréditent les hommes aux yeux de la société.

C’est là toute la question. Elle s’est présentée sous un double aspect, sous une double forme, l’une pour ainsi dire incidente et imprévue, l’autre générale et parfaitement nette. A propos des droits accordés aux départemens et aux communes, M. Chesnelong, qui est un « évêque du dehors, » qui est l’orateur des « comités catholiques » dans l’assemblée, a proposé de conférer la même liberté aux « diocèses, » qui se trouve-