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laisser vivre que les plus robustes. Les éleveurs appliquent ce principe dans toute sa rigueur. Darwin condamne avec raison l’insouciance et le dédain avec lesquels on traite souvent certaines alliances. Quoi donc ? dit-il, un éleveur, pour avoir un troupeau de bonne race, ne négligera aucun l’enseignement sur les origines, les animaux qu’il achète et qu’il fait reproduire, et, quand il s’agira de son fils ou de sa fille, il se contentera de données superficielles, et ne s’enquerra pas si parmi les ascendans ou les collatéraux de la nouvelle famille il se trouve des fous, des phthisiques ou des rachitiques. Certes voilà un progrès qu’on n’aura pas le droit de dire chimérique. L’intérêt individuel est ici en parfait accord avec l’intérêt général, et ce serait rendre à la société un immense service que de lui inculquer cette simple vérité.

L’hérédité est aussi vraie pour la transmission intellectuelle que pour la transmission physique : aussi devons-nous faire de constans efforts pour développer nos facultés, ; en songeant que rien n’est perdu, et que tous les progrès faits sur nous-mêmes se retrouveront dans nos descendais. De tous les problèmes que M. Sédillot agite dans son remarquable ouvrage, il n’en est pas de plus important que celui de la mortalité et de la natalité, en France. Pour ne pas se perdre en vaines discussions, il a voulu, établir sa démonstration sur des chiffres, et c’est aux belles recherches de M. Bertillon qu’il les a empruntés. Malheureusement le livre de M. Bertillon sur la natalité n’est pas encore complètement, achevé, et, comme rien ni en France, ni à l’étranger, ne peut même de loin compenser la valeur de ces laborieuses et patientes investigations, nous attendons le résultat de ses travaux sur la natalité en France. Cependant on peut, avec les statistiques qu’il a publiées déjà et surtout avec son bel atlas de démographie figurée au point de vue de la mortalité, avoir une idée suffisante et instructive sur le mouvement de population et de dépopulation de la France. Ainsi nous allons, avec M. Sédillot et M. Bertillon, constater le fait, étudier la cause et chercher le remède.

La population d’un pays dépend de deux élémens distincts. Elle augmente quand la proportion des naissances s’accroît et quand la durée moyenne de la vie devient plus élevée. De là deux conditions indépendantes l’une de l’autre, et qu’il faut chercher à réaliser toutes deux : pour accroître la population d’un pays, retarder la mort des individus vivans et augmenter le nombre des naissances.

Le premier fait que nous enseignent les tableaux statistiques de M. Bertillon, c’est la mortalité qui sévit sur les premiers-nés. Parmi les enfans âgés de moins d’un an, il en meurt jusqu’à 36 pour 100 dans certains départemens, et la moyenne pour toute la France est de 20 pour 100, c’est-à-dire d’un cinquième. Cette mortalité s’est accrue d’une manière notable depuis vingt ans, en sorte qu’elle constitue un péril social soupçonné depuis longtemps, mais que les recherches de M. Bertillon ont